Quand un proche décède, la question du droit de succession sur assurance vie surgit presque toujours dans les familles. Après quatorze années passées à décortiquer la fiscalité patrimoniale, d’abord aux Échos puis à Challenges, je constate que ce sujet reste l’un des plus mal compris par les épargnants français. Les règles diffèrent selon la date des versements, l’âge de l’assuré au moment du versement, le lien de parenté avec le bénéficiaire, et le montant transmis. Je vous propose ici un décryptage complet, chiffré et sourcé, pour que vous sachiez exactement ce que le fisc prélèvera, et comment optimiser la transmission.
Dans cet article
- L’assurance vie bénéficie d’un abattement de 152 500 € par bénéficiaire sur les primes versées avant les 70 ans de l’assuré (article 990 I du CGI)
- Les primes versées après 70 ans profitent d’un abattement global de 30 500 € tous bénéficiaires confondus, puis sont soumises aux droits de succession classiques (article 757 B du CGI)
- Le conjoint survivant ou le partenaire de PACS désigné bénéficiaire est totalement exonéré de droits de succession sur l’assurance vie depuis la loi TEPA de 2007
- Au-delà de l’abattement de 152 500 €, le taux de prélèvement forfaitaire est de 20 % jusqu’à 700 000 €, puis de 31,25 % au-delà
- Les intérêts produits par les primes versées après 70 ans sont exonérés de droits de succession, seul le capital versé est taxable
- Un contrat d’assurance vie non dénoué au décès du premier conjoint peut être réintégré partiellement dans l’actif successoral en cas de communauté de biens
Sommaire
- Principe général : l’assurance vie est-elle soumise aux droits de succession ?
- Fiscalité des primes versées avant 70 ans : l’article 990 I du CGI
- Fiscalité des primes versées après 70 ans : l’article 757 B du CGI
- Tableau récapitulatif de la fiscalité assurance vie en succession
- Comment calculer concrètement les droits de succession sur une assurance vie
- Cas particuliers et exonérations à connaître
- Stratégies d’optimisation de la transmission via l’assurance vie
- Les erreurs fréquentes à éviter en matière d’assurance vie et succession
Principe général : l’assurance vie est-elle soumise aux droits de succession ?
La réponse courte : non, en principe. L’assurance vie bénéficie d’un régime fiscal dérogatoire au droit commun des successions. L’article L. 132-12 du Code des assurances dispose que le capital ou la rente versé au bénéficiaire désigné ne fait pas partie de la succession de l’assuré. C’est ce qu’on appelle le principe de « hors succession ». Concrètement, les sommes transmises via un contrat d’assurance vie ne passent pas par le notaire dans le cadre du règlement de la succession classique.
Cependant, « hors succession » ne signifie pas « hors fiscalité ». Les droits de succession sur assurance-vie obéissent à un régime spécifique, codifié principalement aux articles 990 I et 757 B du Code général des impôts. Ce régime dépend de deux critères fondamentaux : la date à laquelle les primes ont été versées sur le contrat, et l’âge de l’assuré au moment de ces versements.
Je tiens à préciser un point que je vois souvent mal interprété : ce n’est pas la date d’ouverture du contrat qui compte pour la fiscalité successorale, mais bien la date de chaque versement. Un contrat ouvert à 60 ans avec des versements effectués à 68 ans et à 72 ans sera soumis à deux régimes fiscaux différents pour ces deux flux de primes. Comme le rappelle la fiche officielle de la Direction générale des finances publiques, c’est l’âge de l’assuré au moment du versement qui détermine le régime applicable.
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Fiscalité des primes versées avant 70 ans : l’article 990 I du CGI
C’est le régime le plus avantageux et le plus utilisé en pratique. L’article 990 I du Code général des impôts s’applique aux primes versées avant le soixante-dixième anniversaire de l’assuré, sur des contrats souscrits après le 13 octobre 1998 (pour les contrats antérieurs, des règles transitoires existent).
Le mécanisme est le suivant. Chaque bénéficiaire désigné profite d’un abattement individuel de 152 500 €. Cet abattement s’applique sur le capital décès, c’est-à-dire sur les primes versées augmentées des intérêts et plus-values générés. Si vous avez versé 100 000 € et que le contrat vaut 180 000 € au décès, c’est bien sur 180 000 € que l’abattement s’applique.
Au-delà de cet abattement, la taxation est forfaitaire :
- 20 % sur la fraction comprise entre 152 501 € et 852 500 € (soit sur une tranche de 700 000 €)
- 31,25 % sur la fraction excédant 852 500 €
Ce prélèvement forfaitaire est bien plus favorable que le barème progressif des droits de succession classiques, qui peut atteindre 45 % en ligne directe et 60 % entre non-parents. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’assurance vie reste l’outil privilégié de transmission patrimoniale en France. Avec deux bénéficiaires désignés, un assuré peut ainsi transmettre 305 000 € en totale franchise de droits, hors succession.
Point important pour les propriétaires qui envisagent de diversifier leur patrimoine : l’assurance vie complète utilement un investissement immobilier. Si vous possédez un bien à Lille ou à Annecy, par exemple, la fiscalité successorale sur l’immobilier est celle du droit commun, nettement moins avantageuse. Combiner un bien immobilier à Lille avec un contrat d’assurance vie bien calibré permet d’équilibrer la charge fiscale globale de la succession.
Fiscalité des primes versées après 70 ans : l’article 757 B du CGI
Les primes versées après le soixante-dixième anniversaire de l’assuré relèvent d’un régime distinct, codifié à l’article 757 B du CGI. Ce régime est moins favorable, mais il conserve des atouts souvent sous-estimés.
Le mécanisme prévoit un abattement global de 30 500 €, partagé entre l’ensemble des bénéficiaires. Attention : contrairement à l’abattement de 152 500 € qui est individuel, celui-ci est collectif. Si trois bénéficiaires se partagent le capital, ils se partagent aussi les 30 500 € d’abattement, soit environ 10 167 € chacun.
Au-delà de cet abattement, les primes versées sont réintégrées dans l’actif successoral et soumises au barème progressif des droits de succession, en fonction du lien de parenté entre l’assuré et chaque bénéficiaire. C’est là que la situation peut devenir coûteuse, notamment pour un neveu ou une personne sans lien de parenté, qui subirait un taux de 55 % ou 60 %.
Mais voici l’avantage que beaucoup oublient : les intérêts et plus-values générés par les primes versées après 70 ans sont totalement exonérés de droits de succession. Seul le montant nominal des primes est taxable. Si un assuré verse 50 000 € après 70 ans et que le contrat vaut 80 000 € à son décès, seuls 50 000 € entrent dans le calcul, pas les 30 000 € d’intérêts. Sur un contrat investi en unités de compte dynamiques, cette exonération peut représenter une économie considérable sur dix ou quinze ans.
Comme le détaille le site Service-public.fr dans sa fiche sur les droits de succession, le barème applicable dépend du degré de parenté et s’échelonne de 5 % à 60 %.
Tableau récapitulatif de la fiscalité assurance vie en succession
Je rassemble ici dans un tableau synthétique les deux régimes applicables aux droits de succession sur une assurance vie, car la comparaison visuelle permet de saisir immédiatement les différences.
| Critère | Primes versées avant 70 ans (art. 990 I) | Primes versées après 70 ans (art. 757 B) |
|---|---|---|
| Abattement | 152 500 € par bénéficiaire | 30 500 € global (tous bénéficiaires) |
| Assiette taxable | Capital décès (primes + intérêts) | Primes versées uniquement (intérêts exonérés) |
| Taux applicable | 20 % jusqu’à 700 000 €, puis 31,25 % | Barème progressif des droits de succession (5 % à 60 %) |
| Conjoint / Pacsé bénéficiaire | Exonéré totalement | Exonéré totalement |
| Frère ou sœur (conditions remplies) | Exonéré totalement | Exonéré totalement |
| Neveu ou nièce | 20 % puis 31,25 % (après abattement) | 55 % (après abattement de 7 967 € en succession classique) |
| Tiers sans lien de parenté | 20 % puis 31,25 % (après abattement) | 60 % (après abattement résiduel) |
Ce tableau montre clairement pourquoi les droits de succession assurance-vie sont si avantageux pour les versements effectués avant 70 ans, en particulier lorsqu’on souhaite transmettre à des personnes éloignées dans la parenté. Un neveu qui recevrait 200 000 € via une succession classique paierait environ 55 % de droits, soit 110 000 €, tandis que via l’assurance vie (primes avant 70 ans), il ne paierait que 20 % sur 47 500 € (200 000 − 152 500), soit 9 500 €. L’économie est spectaculaire.
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Comment calculer concrètement les droits de succession sur une assurance vie
Je vous propose deux exemples chiffrés complets pour illustrer le calcul des droits de succession sur assurance-vie dans les deux régimes.
Exemple 1 : primes versées avant 70 ans
Marie, 65 ans, souscrit un contrat d’assurance vie et verse 250 000 €. Elle désigne ses deux enfants comme bénéficiaires à parts égales. Au décès de Marie à 78 ans, le contrat vaut 340 000 € (capital + intérêts). Chaque enfant reçoit 170 000 €.
Calcul pour chaque enfant :
- Capital reçu : 170 000 €
- Abattement article 990 I : 152 500 €
- Base taxable : 170 000 − 152 500 = 17 500 €
- Prélèvement à 20 % : 17 500 × 20 % = 3 500 €
- Montant net perçu par enfant : 170 000 − 3 500 = 166 500 €
Au total, les deux enfants reçoivent 333 000 € net sur 340 000 € brut. Le taux effectif de taxation est de 2,06 %. En succession classique, avec un barème pouvant atteindre 20 % à 30 % sur ces montants (après abattement de 100 000 € par enfant), la facture aurait été bien plus lourde.
Exemple 2 : primes versées après 70 ans
Paul, 72 ans, verse 100 000 € sur son contrat d’assurance vie. Il désigne sa nièce Camille comme unique bénéficiaire. Au décès de Paul à 85 ans, le contrat vaut 145 000 €. Les intérêts s’élèvent à 45 000 €.
Calcul pour Camille :
- Primes versées après 70 ans : 100 000 €
- Intérêts : 45 000 € → exonérés
- Abattement article 757 B : 30 500 €
- Base taxable : 100 000 − 30 500 = 69 500 €
- Droits de succession au taux « neveu/nièce » (55 %) : 69 500 × 55 % = 38 225 €
- Montant net perçu : 145 000 − 38 225 = 106 775 €
On voit ici que le régime après 70 ans est moins favorable, surtout pour les bénéficiaires éloignés. Toutefois, sans assurance vie, Camille aurait été taxée sur la totalité du capital transmis via la succession, sans l’exonération des intérêts. Le gain fiscal reste réel, simplement moins spectaculaire. Si Paul avait effectué ses versements avant 70 ans, Camille n’aurait payé que 20 % sur la fraction excédant 152 500 €, soit zéro euro dans ce cas (le capital étant inférieur à l’abattement).
Cas particuliers et exonérations à connaître
Plusieurs situations méritent une attention particulière quand on parle d’assurance vie droit de succession.
Le conjoint survivant et le partenaire de PACS
Depuis la loi TEPA du 21 août 2007, le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont totalement exonérés de droits de succession, y compris sur les capitaux d’assurance vie. Cette exonération s’applique quel que soit le montant, quel que soit l’âge au moment des versements, et sans condition de durée du contrat. C’est une exonération absolue qui rend la question fiscale non pertinente pour le conjoint.
Les frères et sœurs sous conditions
Les frères et sœurs peuvent également être exonérés de droits de succession (et donc du prélèvement sur l’assurance vie) s’ils remplissent trois conditions cumulatives au moment du décès : être célibataire, veuf, divorcé ou séparé de corps ; avoir plus de 50 ans ou être atteint d’une infirmité les empêchant de travailler ; avoir été constamment domicilié avec le défunt pendant les cinq années précédant le décès. Ces conditions sont strictes et rarement réunies, mais il faut les connaître.
Les contrats souscrits avant le 20 novembre 1991
Les contrats ouverts avant cette date bénéficient d’un régime transitoire encore plus favorable. Les primes versées avant le 13 octobre 1998 sur ces contrats sont totalement exonérées de tout prélèvement successoral, sans plafond. C’est un avantage considérable pour les anciens contrats, et je recommande vivement de ne jamais les clôturer sans avoir mesuré cette exonération. La tentation de regrouper ses contrats chez un seul assureur peut coûter très cher en droits de succession.
Les primes manifestement exagérées
L’administration fiscale et les héritiers réservataires peuvent contester les versements jugés « manifestement exagérés » par rapport aux revenus et au patrimoine de l’assuré. L’article L. 132-13 du Code des assurances prévoit cette limite. En pratique, les tribunaux apprécient au cas par cas en tenant compte de l’âge de l’assuré, de ses revenus, de son patrimoine global et de l’utilité du contrat. Un versement de 80 % du patrimoine à 85 ans au profit d’un tiers aura toutes les chances d’être requalifié en donation déguisée et réintégré dans la succession. C’est un contentieux fréquent que les notaires parisiens traitent régulièrement.
Le contrat non dénoué en communauté de biens
Lorsque deux époux mariés sous le régime de la communauté légale détiennent un contrat d’assurance vie alimenté par des fonds communs et que l’un décède sans que le contrat ne soit dénoué (le souscripteur étant le survivant), la valeur de rachat du contrat doit être intégrée pour moitié dans l’actif de la communauté. Cette réintégration, confirmée par la jurisprudence Praslicka de la Cour de cassation, peut augmenter significativement l’actif successoral taxable. J’ai vu des familles découvrir au moment du règlement de la succession que le contrat du conjoint survivant générait un complément de droits inattendu.
Stratégies d’optimisation de la transmission via l’assurance vie
Fort de mon expérience d’analyse des patrimoines, je partage ici les principales stratégies que j’observe chez les épargnants bien conseillés pour réduire les droits de succession sur une assurance vie.
Verser le maximum avant 70 ans
C’est la stratégie la plus évidente mais aussi la plus efficace. L’abattement de 152 500 € par bénéficiaire sous l’article 990 I est considérablement plus généreux que les 30 500 € globaux de l’article 757 B. Pour un assuré qui souhaite transmettre à trois enfants, l’abattement total atteint 457 500 € en versant avant 70 ans, contre seulement 30 500 € après. La différence est colossale.
Multiplier les bénéficiaires
Puisque l’abattement de 152 500 € est individuel, désigner plusieurs bénéficiaires permet de multiplier les abattements. Désigner ses deux enfants et ses quatre petits-enfants comme bénéficiaires à parts égales génère six abattements de 152 500 €, soit 915 000 € de franchise fiscale totale. Il faut toutefois veiller à la rédaction précise de la clause bénéficiaire pour éviter les conflits et les contestations entre héritiers.
Démembrer la clause bénéficiaire
Une technique patrimoniale avancée consiste à désigner le conjoint en quasi-usufruit et les enfants en nue-propriété. Au décès de l’assuré, le conjoint (exonéré de droits) reçoit la pleine jouissance du capital, et les enfants détiennent une créance de restitution sur la succession future du conjoint. Cette créance viendra en déduction de l’actif successoral au second décès. Le démembrement de la clause bénéficiaire nécessite un accompagnement notarial rigoureux, mais il peut faire économiser des dizaines de milliers d’euros de droits sur deux générations.
Continuer à verser après 70 ans sur des supports dynamiques
Si l’exonération des intérêts produits par les primes versées après 70 ans est bien exploitée, le régime de l’article 757 B peut devenir intéressant pour des versements modérés investis sur des unités de compte à fort potentiel de croissance. Un versement de 30 500 € (pile à l’abattement) à 71 ans, investi en actions, pourrait générer 20 000 € à 40 000 € d’intérêts en quinze ans, totalement exonérés de droits. C’est une stratégie complémentaire, pas exclusive.
Pour les patrimoines mixtes incluant de l’immobilier, j’ai souvent observé qu’un rééquilibrage entre un bien immobilier, par exemple à Annecy, et des versements sur assurance vie permettait de lisser la fiscalité successorale globale. Les biens immobiliers supportent les droits de succession de plein fouet, sans les abattements spécifiques de l’assurance vie. La complémentarité entre les deux enveloppes est fondamentale dans une stratégie patrimoniale bien construite.
Les erreurs fréquentes à éviter en matière d’assurance vie et succession
Au fil de mes années d’analyse, j’ai identifié plusieurs erreurs récurrentes que commettent les épargnants sur les droits de succession sur assurance vie. Je les liste ici pour vous aider à les éviter.
Erreur n°1 : ne pas rédiger de clause bénéficiaire personnalisée. La clause standard « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, à défaut mes héritiers » peut convenir dans les situations simples, mais elle est source de contentieux dans les familles recomposées. J’ai vu des cas où les enfants d’un premier lit étaient involontairement exclus parce que la clause n’avait pas été adaptée après un remariage.
Erreur n°2 : confondre date d’ouverture et date de versement. Comme je l’ai indiqué plus haut, c’est la date de versement des primes qui détermine le régime fiscal, pas la date de souscription du contrat. Un contrat ouvert à 55 ans mais alimenté exclusivement après 70 ans sera intégralement soumis au régime moins favorable de l’article 757 B. J’insiste sur ce point car il est source de malentendus coûteux, le texte de l’article 757 B du CGI étant limpide sur ce critère.
Erreur n°3 : oublier de mettre à jour la clause bénéficiaire. Un divorce, un décès, une brouille familiale : les circonstances changent, mais la clause bénéficiaire reste figée si on ne la modifie pas activement. L’assureur verse le capital au bénéficiaire désigné, même si celui-ci n’est plus le conjoint depuis vingt ans. La mise à jour de cette clause devrait être un réflexe à chaque événement familial important.
Erreur n°4 : racheter un ancien contrat pour en ouvrir un nouveau. Certains épargnants, séduits par des frais plus bas ou un meilleur rendement, transfèrent le capital d’un vieux contrat (souscrit avant 1991) vers un contrat récent. Ce faisant, ils perdent irrémédiablement l’exonération totale dont bénéficiaient les primes versées avant le 13 octobre 1998. Le gain sur les frais de gestion est généralement dérisoire comparé à la perte fiscale en succession.
Erreur n°5 : ne pas anticiper les conséquences pour les héritiers réservataires. L’assurance vie est « hors succession » mais elle n’est pas hors du champ de la réserve héréditaire depuis la réforme de 2007. Les héritiers réservataires peuvent demander la réintégration des primes manifestement exagérées si leurs droits réservataires sont lésés. Le conseil d’un notaire expérimenté est indispensable pour sécuriser les montages.
Enfin, pour les propriétaires qui combinent patrimoine immobilier et assurance vie, n’oubliez pas que les garanties comme la décennale ne concernent que le volet immobilier. L’assurance vie n’offre aucune garantie sur les défauts de construction ; ces deux protections relèvent de logiques très différentes. De même, la question de la durée du préavis en location ou du changement de syndic relève du quotidien de gestion patrimoniale, tandis que l’assurance vie se joue sur le temps long de la transmission.
À retenir
- Privilégiez les versements avant 70 ans pour bénéficier de l’abattement de 152 500 € par bénéficiaire, bien plus avantageux que les 30 500 € globaux après 70 ans
- Rédigez une clause bénéficiaire personnalisée chez votre notaire et mettez-la à jour après chaque événement familial (divorce, naissance, décès)
- Ne rachetez jamais un contrat souscrit avant le 20 novembre 1991 sans avoir vérifié l’impact fiscal successoral avec un professionnel
- Après 70 ans, investissez les primes sur des unités de compte à potentiel de croissance pour profiter de l’exonération totale des intérêts en succession
- Vérifiez que les versements ne sont pas manifestement exagérés au regard de votre patrimoine global, sous peine de réintégration dans la succession
Questions fréquentes
Quels sont les frais de succession sur une assurance vie ?
Les frais dépendent de l’âge de l’assuré au moment des versements. Pour les primes versées avant 70 ans, après un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, le prélèvement forfaitaire est de 20 % jusqu’à 700 000 € puis de 31,25 % au-delà. Pour les primes versées après 70 ans, après un abattement global de 30 500 €, les droits de succession classiques s’appliquent selon le barème progressif (de 5 % à 60 % selon le lien de parenté). Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont totalement exonérés dans les deux cas.
Oui, l’assurance vie est imposable en cas de décès, mais selon un régime fiscal spécifique et généralement plus favorable que la succession classique. Le capital transmis est soumis soit au prélèvement forfaitaire de l’article 990 I du CGI (primes avant 70 ans), soit aux droits de succession via l’article 757 B (primes après 70 ans). Toutefois, le conjoint survivant et le partenaire de PACS désignés bénéficiaires sont totalement exonérés de toute imposition successorale sur l’assurance vie.Est-ce que l’héritage d’une assurance vie est imposable ?
Pour les primes versées avant 70 ans : prenez le capital décès attribué à chaque bénéficiaire, soustrayez l’abattement de 152 500 €, puis appliquez 20 % sur les 700 000 premiers euros taxables et 31,25 % au-delà. Pour les primes après 70 ans : prenez le montant des primes versées (hors intérêts, qui sont exonérés), soustrayez la quote-part de l’abattement global de 30 500 €, puis appliquez le barème progressif des droits de succession selon votre lien de parenté avec le défunt.Comment calculer les droits de succession pour une assurance vie ?
Au décès de l’assuré, le bénéficiaire désigné dans la clause bénéficiaire doit se faire connaître auprès de l’assureur en fournissant un acte de décès et une pièce d’identité. L’assureur dispose d’un mois après réception du dossier complet pour verser le capital. Le versement est direct, sans passer par le notaire ni par la succession. L’assureur prélève le cas échéant le prélèvement forfaitaire (article 990 I) avant versement. Pour les primes après 70 ans, c’est le bénéficiaire qui déclare et paie les droits de succession auprès de l’administration fiscale.Comment se passe l’héritage d’une assurance vie ?
En principe non. L’article L. 132-12 du Code des assurances stipule que le capital versé au bénéficiaire désigné ne fait pas partie de la succession de l’assuré. Cependant, si les primes versées sont jugées manifestement exagérées par rapport aux revenus et au patrimoine de l’assuré, les héritiers réservataires peuvent demander leur réintégration dans l’actif successoral. De plus, pour les couples mariés sous le régime de la communauté, le contrat non dénoué peut être partiellement réintégré dans l’actif de communauté.L’assurance vie fait-elle partie de la succession au sens civil ?
La dernière modification significative remonte à la loi de finances pour 2014, qui a relevé le taux du prélèvement forfaitaire de 25 % à 31,25 % pour la fraction excédant 852 500 € par bénéficiaire (article 990 I). Depuis, plusieurs propositions de réforme ont circulé, notamment pour réduire l’abattement de 152 500 € ou aligner la fiscalité de l’assurance vie sur le droit commun des successions, mais aucune n’a abouti à ce jour. Le régime fiscal actuel reste donc inchangé dans ses grands principes depuis 2014.Quelle est la nouvelle loi sur l’assurance vie et la succession ?
Oui, malgré un abattement global limité à 30 500 €, verser après 70 ans reste intéressant pour deux raisons. Premièrement, les intérêts et plus-values générés par les primes versées sont totalement exonérés de droits de succession, ce qui peut représenter des dizaines de milliers d’euros sur un contrat conservé pendant dix à quinze ans. Deuxièmement, pour les bénéficiaires en ligne directe (enfants, petits-enfants), le barème progressif des droits de succession reste modéré sur les premières tranches. En revanche, pour les neveux ou les tiers, le taux de 55 % ou 60 % rend cette stratégie moins avantageuse.Succession assurance vie après 70 ans : est-ce encore intéressant ?
Arthur Lemoine est chroniqueur indépendant du marché immobilier français. Il a couvert l immobilier résidentiel aux Échos pendant sept ans, puis la fiscalité et l investissement à Challenges pendant sept autres années, avant de fonder L Aurore Immo en 2026 pour publier en indépendant. Il décrypte quotidiennement le marché sans partenariat, sans commission d agence et sans affiliation cachée.
Sources
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