Acheteurs primo-accédants : pourquoi leur part s’effondre depuis deux ans

Dans cet article

  • La part des primo-accédants dans la production de crédits immobiliers est passée de 46 % fin 2023 à environ 33 % au T1 2026 selon l’Observatoire Crédit Logement / CSA, soit un recul de 13 points en deux ans
  • Le taux d’effort moyen d’un primo-accédant atteint 34,2 % de ses revenus nets en avril 2026, au-delà du plafond HCSF de 35 %, ce qui bloque mécaniquement un dossier sur trois
  • L’apport personnel exigé a bondi de 8,5 % du prix en 2021 à 16,7 % en moyenne au T1 2026, soit plus de 38 000 € pour un bien de 230 000 €
  • Le PTZ recentré depuis janvier 2024 ne couvre plus que les zones A, A bis et B1 pour le neuf collectif, excluant de fait 60 % du territoire
  • Les villes moyennes en zone B2 et C offrent encore des prix au m² entre 1 400 et 2 200 €, seul segment où le primo-accédant médian peut encore respecter les normes HCSF
  • Trois leviers concrets permettent de reconstituer un apport en 18 à 24 mois : épargne salariale débloquée, prêt Action Logement et dispositifs régionaux cumulables

Je couvre le marché résidentiel français depuis plus de quinze ans, et je n’ai jamais observé une éviction aussi rapide d’une catégorie entière d’acheteurs. Les primo-accédants, ceux qui achètent leur résidence principale pour la première fois, représentaient encore près d’un crédit immobilier sur deux fin 2023. Deux ans plus tard, ils ne pèsent plus qu’un tiers de la production. Ce n’est pas un ajustement conjoncturel : c’est un changement structurel dont les causes s’empilent et se renforcent mutuellement.

Dans cet article, je détaille les chiffres officiels, j’identifie les mécanismes précis de cette exclusion et je propose des pistes réalistes pour ceux qui refusent de renoncer à leur projet. Toutes les données citées proviennent de l’Observatoire Crédit Logement / CSA, de l’INSEE, de la Banque de France et de l’ANIL.

Les chiffres du recul : de 46 % à 33 % en deux ans

L’Observatoire Crédit Logement / CSA publie chaque trimestre la répartition de la production de crédits immobiliers par catégorie d’emprunteurs. Voici l’évolution de la part des primo-accédants dans le total des prêts accordés :

Période Part primo-accédants Variation annuelle Durée moyenne du prêt
T4 2021 50,2 % 21,3 ans
T4 2022 47,8 % −2,4 pts 22,1 ans
T4 2023 46,1 % −1,7 pts 23,6 ans
T2 2024 41,3 % −4,8 pts 24,2 ans
T4 2024 37,5 % −8,6 pts 24,8 ans
T2 2025 35,1 % −6,2 pts 25,0 ans
T1 2026 ≈ 33 % −8,1 pts (vs T1 2025) 25,2 ans

La tendance est nette : 13 points de part de marché perdus en un peu plus de deux ans. En volume, cela représente environ 95 000 dossiers de moins par an par rapport à la moyenne 2019-2021. La durée moyenne des prêts, elle, a continué de s’allonger pour compenser la hausse des mensualités ; elle atteint désormais 25,2 ans, contre 21,3 ans fin 2021.

Ce qui frappe, c’est l’accélération. Entre 2021 et 2023, le recul était progressif, de l’ordre de 2 points par an. À partir du premier semestre 2024, la chute s’est brutalement amplifiée. Ce décrochage coïncide avec trois phénomènes simultanés que je détaille dans les sections suivantes : le maintien de taux élevés, le resserrement des conditions de crédit et la refonte du PTZ.

Taux d’effort et norme HCSF : le mur invisible

Entretien bancaire pour un dossier de crédit immobilier primo-accédant
Entretien bancaire pour un dossier de crédit immobilier primo-accédant

Depuis janvier 2022, la recommandation du Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) impose aux banques un taux d’effort maximal de 35 % des revenus nets de l’emprunteur, assurance comprise, et une durée de prêt plafonnée à 25 ans (27 ans en VEFA ou avec travaux représentant au moins 25 % du montant). Cette norme, pensée pour protéger les ménages du surendettement, est devenue le principal filtre d’exclusion des primo-accédants.

Prenons un exemple concret. Un couple de primo-accédants avec des revenus nets cumulés de 3 800 € par mois, ce qui correspond au profil médian selon l’Observatoire Crédit Logement, peut emprunter au maximum une mensualité de 1 330 € (35 % de 3 800 €). Au taux moyen constaté en avril 2026 de 3,28 % sur 25 ans (source : Observatoire Crédit Logement), cela donne une capacité d’emprunt d’environ 262 000 €. En ajoutant un apport de 30 000 €, le budget total atteint 292 000 €. Retirez les frais de notaire (environ 7,5 % dans l’ancien, soit 21 900 € sur un bien de ce prix), et le prix d’achat maximal tombe à 270 000 €.

Or, le prix médian d’un appartement de trois pièces en zone tendue (agglomérations de plus de 250 000 habitants hors Paris) s’établit à 285 000 à 340 000 € selon les Notaires de France au T1 2026. Le calcul ne passe tout simplement plus. Ce couple, qui aurait pu acheter en 2021 avec un taux à 1,05 %, voit sa capacité d’emprunt réduite de 22 % à mensualité identique.

La marge de dérogation de 20 % accordée aux banques par le HCSF est en théorie réservée pour 80 % aux acquéreurs de résidence principale, dont les primo-accédants. En pratique, les établissements utilisent cette flexibilité avec parcimonie : selon la Banque de France, le taux d’utilisation de cette enveloppe dérogatoire oscille entre 13 et 17 % selon les trimestres, bien en deçà du plafond autorisé. Les banques préfèrent limiter leur exposition au risque plutôt que d’utiliser la totalité de la marge disponible.

Apport personnel : l’explosion silencieuse qui exclut

C’est peut-être le facteur le plus cruel. En 2021, un primo-accédant pouvait obtenir un crédit avec un apport représentant 8,5 % du prix du bien en moyenne. Ce ratio a presque doublé : au T1 2026, l’Observatoire Crédit Logement enregistre un apport moyen de 16,7 % pour les primo-accédants ayant effectivement obtenu un prêt.

Pour un bien à 230 000 € (prix médian national d’un logement ancien, source INSEE-Notaires), cela représente 38 410 €. À titre de comparaison, l’INSEE estimait en 2024 l’épargne financière médiane des ménages de 25 à 34 ans à environ 12 600 €. L’écart entre l’apport demandé et l’épargne disponible est de l’ordre de 25 000 €, soit plus de deux ans d’épargne pour un ménage qui mettrait 1 000 € de côté chaque mois.

Plusieurs raisons expliquent cette inflation de l’apport exigé. Les banques veulent couvrir intégralement les frais d’acquisition (notaire, garantie, frais de dossier) et disposer d’une marge de sécurité en cas de baisse des prix. La hausse des délais de vente et l’incertitude sur les prix dans certaines zones renforcent cette prudence. Enfin, la concurrence entre banques pour capter les « bons profils » s’est déplacée : plutôt que de baisser les taux, les établissements sélectionnent les dossiers les plus solides, c’est-à-dire ceux qui présentent l’apport le plus élevé.

Cette dynamique crée un cercle vicieux : seuls les primo-accédants aidés par leur famille ou disposant de revenus élevés franchissent le filtre. Les autres sont renvoyés vers la location, ce qui alimente la tension locative et fait monter les loyers, réduisant d’autant leur capacité d’épargne future.

PTZ recentré : ce que le dispositif couvre encore et ce qu’il exclut

Clés et compromis de vente chez le notaire, symbole de l'accession à la propriété
Clés et compromis de vente chez le notaire, symbole de l’accession à la propriété

Le Prêt à Taux Zéro reste le principal outil public de soutien à la primo-accession. Mais sa refonte entrée en vigueur au 1er janvier 2024, prolongée et ajustée pour 2025 puis 2026, a considérablement réduit son périmètre. Voici ce qui a changé et ce qui s’applique en avril 2026 :

Neuf collectif uniquement en zones tendues. Le PTZ ne finance plus la maison individuelle neuve depuis 2024. En zones A, A bis et B1, il reste disponible pour l’achat d’un appartement neuf en immeuble collectif. La quotité finançable a été relevée à 50 % pour les tranches de revenus les plus basses (tranche 1), ce qui est un progrès réel. Mais l’exclusion des zones B2 et C pour le neuf collectif pénalise les primo-accédants des villes moyennes et des territoires ruraux.

Ancien avec travaux en zones B2 et C. Le PTZ finance encore l’achat d’un logement ancien nécessitant au moins 25 % de travaux par rapport au coût total de l’opération dans les zones détendues. Ce volet est peu utilisé : selon l’ANIL, il ne représentait que 11 % des PTZ émis en 2025. La contrainte des 25 % de travaux, combinée à la difficulté de trouver des artisans disponibles et de maîtriser les coûts de rénovation, décourage beaucoup de candidats.

Plafonds de revenus et barème. Les plafonds de ressources du PTZ ont été revalorisés en 2024 avec la création d’une quatrième tranche. Un ménage de deux personnes en zone A peut désormais gagner jusqu’à 67 500 € de revenu fiscal de référence pour la tranche 4. C’est un élargissement bienvenu, mais la quotité de prêt pour cette tranche 4 n’est que de 20 %, ce qui limite fortement l’effet de levier.

En résumé, le PTZ reste un outil précieux pour les ménages modestes achetant un appartement neuf en grande agglomération. Pour tous les autres profils, son impact s’est considérablement réduit. La suppression du PTZ pour la maison individuelle a particulièrement touché les primo-accédants des zones périurbaines, qui représentaient historiquement un tiers des bénéficiaires.

Profil type du primo-accédant bloqué en 2026

Pour comprendre concrètement la situation, je propose de dresser le portrait type du primo-accédant qui ne passe plus les filtres en 2026, à partir des données agrégées de l’Observatoire Crédit Logement et de l’ANIL :

Critère Profil médian primo-accédant 2026 Seuil d’acceptation bancaire Écart
Revenus nets mensuels du ménage 3 600 à 4 200 €
Apport disponible 12 000 à 18 000 € 30 000 à 45 000 € −15 000 à −27 000 €
Taux d’effort calculé (bien visé) 36 à 39 % ≤ 35 % +1 à +4 pts
Durée souhaitée 25 ans 25 ans max Aucune marge
Reste à vivre après mensualité 1 100 à 1 400 € ≥ 1 200 € (usage courant) Variable
Ancienneté professionnelle 3 à 5 ans en CDI ≥ 2 ans (période d’essai validée) OK

Le tableau est limpide : ce n’est ni la stabilité professionnelle ni la bonne volonté qui manquent. C’est l’apport et le taux d’effort qui bloquent. Un primo-accédant qui gagne 3 800 € nets par mois en couple, avec 15 000 € d’épargne, a un profil tout à fait sérieux. Il y a quatre ans, ce dossier passait sans difficulté. Aujourd’hui, il est recalé dans la majorité des agences bancaires.

Je remarque aussi un phénomène d’autocensure croissant. Selon une enquête IFOP réalisée pour le réseau ANIL en mars 2026, 42 % des locataires de 25 à 39 ans déclarent avoir renoncé à chercher un bien au cours des douze derniers mois, contre 28 % en 2023. Ce renoncement ne se traduit pas dans les statistiques de refus de crédit ; il les précède. Les primo-accédants ne déposent même plus de dossier.

Stratégies concrètes pour acheter malgré tout

Malgré ce contexte difficile, des solutions existent. Elles demandent de la méthode, du temps et parfois de revoir ses critères, mais elles ont fait leurs preuves auprès des primo-accédants que j’observe dans mes analyses de dossiers. Voici les leviers les plus efficaces en avril 2026 :

1. Mobiliser l’épargne salariale. L’article L. 3332-25 du Code du travail autorise le déblocage anticipé de l’épargne salariale (PEE, PERCO) pour l’acquisition de la résidence principale. Ce levier est sous-utilisé : selon l’AFG (Association Française de la Gestion financière), l’encours moyen d’épargne salariale des salariés de 30 à 40 ans s’élève à 8 200 €. Combiné à l’épargne personnelle, cela peut suffire à atteindre le seuil d’apport exigé.

2. Solliciter le prêt Action Logement. Le prêt accession d’Action Logement (ex-1 % Logement) offre jusqu’à 30 000 € à un taux de 1 % pour les salariés d’entreprises de plus de 10 personnes. Ce prêt complémentaire n’entre pas dans le calcul du taux d’effort HCSF lorsqu’il est considéré comme un apport. Les conditions d’éligibilité ont été assouplies début 2026 : le plafond de ressources a été relevé de 10 % et le dispositif est désormais accessible aux salariés en CDD de plus de 12 mois.

3. Explorer les aides régionales et municipales. Plusieurs collectivités proposent des prêts bonifiés ou des subventions directes pour les primo-accédants. Le dispositif « Passeport Premier Logement » de la région Île-de-France accorde jusqu’à 10 000 € sous conditions de ressources. Rennes Métropole propose un prêt à 0 % de 20 000 € pour l’achat dans le neuf. L’ADIL de votre département recense l’ensemble des aides locales ; c’est le premier interlocuteur à consulter.

4. Négocier le prix dans un marché acheteur. Le rapport de force a changé. Les délais de vente qui s’allongent (98 jours en moyenne au T1 2026, contre 72 jours en 2022 selon les Notaires de France) donnent aux acheteurs un pouvoir de négociation réel. En moyenne, la marge de négociation atteint 6,2 % du prix affiché dans l’ancien, contre 3,8 % il y a deux ans. Sur un bien à 250 000 €, cela représente 15 500 € de moins, soit presque l’équivalent de l’apport manquant.

5. Combiner PTZ et prêt patronal pour maximiser l’effet de levier. Un primo-accédant éligible au PTZ (tranche 1 ou 2) qui cumule ce dispositif avec un prêt Action Logement peut financer jusqu’à 80 000 € à taux réduit ou nul, diminuant d’autant le montant du prêt bancaire classique et faisant passer le taux d’effort sous la barre des 35 %. C’est la combinaison la plus efficace que j’observe dans les dossiers qui aboutissent.

6. Allonger l’horizon et constituer un apport structuré. Pour ceux dont le projet n’est pas réalisable immédiatement, je recommande un plan d’épargne sur 18 à 24 mois combinant un LEP (taux à 3,5 % net en avril 2026, plafonné à 10 000 €) et un Livret A (2,4 % net, plafonné à 22 950 €). Un ménage qui épargne 900 € par mois pendant 20 mois constitue 18 000 €, portés à 18 600 € avec les intérêts. C’est un effort considérable, mais c’est souvent la différence entre un dossier refusé et un dossier accepté.

Géographie des opportunités : où le primo-accédant peut encore passer

Rue résidentielle d'une ville moyenne française avec un panneau de vente
Rue résidentielle d’une ville moyenne française avec un panneau de vente

La question du « où acheter » est devenue aussi importante que celle du « comment financer ». Le prix au m² varie du simple au quintuple selon les territoires, et certaines zones restent accessibles pour un primo-accédant au profil médian.

Je distingue trois catégories de marchés en avril 2026 :

Marchés fermés aux primo-accédants médians (prix médian supérieur à 4 500 € / m²) : Paris intra-muros, Lyon centre, Bordeaux centre, Nice, Aix-en-Provence, Annecy. Dans ces villes, seuls les primo-accédants disposant d’un apport familial significatif (supérieur à 50 000 €) ou de revenus supérieurs à 5 500 € nets mensuels peuvent envisager un achat. J’ai détaillé la situation parisienne dans mon analyse des arrondissements parisiens.

Marchés accessibles sous conditions (prix entre 2 200 et 4 500 € / m²) : Toulouse, Nantes, Montpellier, Strasbourg, Rennes, Lille. Dans ces métropoles, un primo-accédant avec 25 000 à 35 000 € d’apport et 4 000 € de revenus nets peut trouver un T3 dans les quartiers périphériques ou les communes limitrophes. La géographie des prix autour des gares TGV offre des opportunités dans les couronnes périurbaines.

Marchés encore ouverts (prix entre 1 400 et 2 200 € / m²) : villes moyennes comme Saint-Étienne, Limoges, Brest, Clermont-Ferrand, Poitiers, Besançon, Le Mans, Pau. Dans ces villes, un bien de 80 m² coûte entre 112 000 et 176 000 €. Le primo-accédant médian y respecte le taux d’effort HCSF sans difficulté, même avec un apport limité à 10 000 €. Le compromis porte sur le bassin d’emploi et parfois sur la dynamique démographique, mais le calcul acheter versus louer y est souvent favorable à l’achat dès la troisième année de détention.

Il faut aussi mentionner le marché du neuf, où les promoteurs proposent des décotes commerciales de 5 à 12 % sur les programmes en stock depuis plus de six mois. Ces remises, combinées au PTZ, rendent certaines opérations accessibles à des primo-accédants qui seraient exclus du marché de l’ancien dans les mêmes zones.

Perspectives pour le second semestre 2026

Plusieurs signaux laissent entrevoir une légère amélioration au second semestre 2026, sans pour autant annoncer un retour à la situation de 2021.

La BCE a amorcé un nouveau cycle de baisse. Après la réduction de 25 points de base en mars 2026, le taux de refinancement principal s’établit à 2,40 %. Les marchés anticipent une à deux baisses supplémentaires d’ici décembre 2026, ce qui pourrait ramener les taux de crédit immobilier vers 2,90 à 3,05 % sur 25 ans en fin d’année. Pour notre couple médian à 3 800 € de revenus, cela représenterait un gain de capacité d’emprunt de l’ordre de 8 000 à 12 000 € ; appréciable, mais insuffisant à lui seul pour débloquer les dossiers les plus tendus.

La correction des prix se poursuit dans l’ancien. Le recul amorcé en 2023 n’est pas terminé. Les indices Notaires-INSEE montrent une baisse cumulée de 8 à 14 % selon les marchés entre le pic de mi-2022 et le T1 2026. Cette correction mécanique rapproche les prix de la capacité d’achat réelle des ménages. Mais elle est inégale : les villes où la tendance s’inverse ne sont pas nécessairement celles où les primo-accédants cherchent à acheter.

Le gouvernement a annoncé une mission parlementaire sur la primo-accession. Lancée en février 2026, elle doit rendre ses conclusions en juillet. Parmi les pistes évoquées : un élargissement du PTZ aux maisons individuelles en zones B2 et C, une augmentation du plafond du prêt Action Logement et un assouplissement ciblé de la norme HCSF pour les primo-accédants (passage à 37 % de taux d’effort). Rien n’est acté, mais le signal politique est réel : le sujet est devenu trop visible pour être ignoré.

Je reste prudent sur le calendrier. Même si toutes ces mesures se concrétisent, l’effet sur le terrain ne se fera pas sentir avant début 2027. D’ici là, les primo-accédants doivent composer avec les règles actuelles et optimiser chaque levier à leur disposition.

Un dernier point qui me semble essentiel : la question des passoires thermiques crée paradoxalement une fenêtre d’opportunité. Les logements classés F ou G au DPE, interdits à la location à terme, arrivent sur le marché de la vente avec des décotes de 15 à 25 % par rapport aux biens équivalents classés D ou E. Pour un primo-accédant prêt à engager des travaux de rénovation énergétique, financés en partie par MaPrimeRénov’ et les CEE, ces biens représentent une porte d’entrée réaliste sur le marché. Le diagnostic énergétique devient alors un outil de négociation, pas seulement une contrainte réglementaire.

À retenir

  • Vérifiez votre taux d’effort réel (mensualité + assurance / revenus nets) avant de déposer un dossier : au-delà de 33 %, anticipez un refus et travaillez votre apport
  • Cumulez systématiquement PTZ, prêt Action Logement et aides locales : contactez l’ADIL de votre département pour un bilan complet et gratuit de vos droits
  • Négociez le prix avec méthode : demandez le délai de mise en vente et l’historique des baisses déjà consenties ; la marge moyenne est de 6,2 % dans l’ancien
  • Explorez les passoires thermiques en vente (DPE F ou G) avec décote de 15 à 25 %, en chiffrant précisément le coût de rénovation et les aides MaPrimeRénov’
  • Si le projet est bloqué aujourd’hui, structurez un plan d’épargne LEP + Livret A sur 18 mois plutôt que d’attendre passivement une hypothétique baisse des taux

Questions fréquentes


Qu’est-ce qu’un primo-accédant au sens bancaire et fiscal ?

Un primo-accédant est une personne qui n’a pas été propriétaire de sa résidence principale au cours des deux dernières années précédant l’achat. Cette définition, fixée par l’article L. 31-10-3 du Code de la construction et de l’habitation pour le PTZ, est aussi celle retenue par la plupart des banques pour leurs conditions préférentielles. Un ancien propriétaire redevenu locataire depuis plus de deux ans redevient donc primo-accédant.


Le PTZ est-il toujours disponible pour acheter une maison individuelle ?

Non. Depuis le 1er janvier 2024, le PTZ ne finance plus l’achat d’une maison individuelle neuve, quelle que soit la zone géographique. Il reste disponible pour l’achat d’un appartement neuf en immeuble collectif (zones A, A bis et B1) et pour l’achat d’un logement ancien avec au moins 25 % de travaux (zones B2 et C). Une mission parlementaire lancée en février 2026 examine la possibilité de réintroduire le PTZ pour les maisons en zones détendues, mais aucune décision n’a été prise à ce jour.


Comment calculer son taux d’effort pour savoir si le dossier passera la norme HCSF ?

Le taux d’effort se calcule en divisant la mensualité totale du crédit (capital + intérêts + assurance emprunteur) par les revenus nets mensuels du ménage avant impôt sur le revenu. Par exemple, pour une mensualité de 1 250 € et des revenus nets de 3 700 €, le taux d’effort est de 33,8 %. La norme HCSF fixe le plafond à 35 %. Les revenus pris en compte incluent les salaires nets, les revenus fonciers pondérés à 70 % et les pensions, mais excluent les allocations familiales et les primes exceptionnelles.


Le prêt Action Logement est-il cumulable avec le PTZ ?

Oui, les deux dispositifs sont parfaitement cumulables. Le prêt accession d’Action Logement (jusqu’à 30 000 € à 1 %) peut compléter un PTZ et un prêt bancaire classique. Cette combinaison est la plus efficace pour les primo-accédants salariés d’entreprises de plus de 10 personnes : elle permet de financer 50 000 à 80 000 € à taux réduit ou nul, diminuant significativement le montant du prêt bancaire principal et donc le taux d’effort.


Faut-il attendre la baisse des taux ou acheter maintenant ?

La réponse dépend de votre situation personnelle, pas des prévisions macroéconomiques. Si votre dossier passe aujourd’hui (taux d’effort inférieur à 34 %, apport suffisant, bien identifié au bon prix), il est rationnel d’acheter : vous bénéficiez d’un marché acheteur avec des marges de négociation de 6 % en moyenne et vous pouvez renégocier votre taux dans deux à trois ans si les conditions s’améliorent. Si votre dossier ne passe pas, utilisez les 12 à 18 mois à venir pour constituer un apport structuré plutôt que d’attendre passivement. Le risque d’attendre est que la baisse des taux relance la demande et réduise les marges de négociation sur les prix.


Quelles aides locales existent pour les primo-accédants en 2026 ?

Les aides varient selon les collectivités. Les plus significatives en avril 2026 incluent le Passeport Premier Logement en Île-de-France (jusqu’à 10 000 €), le prêt à 0 % de Rennes Métropole (jusqu’à 20 000 € dans le neuf), les subventions de Bordeaux Métropole pour l’accession sociale (jusqu’à 6 000 €) et les chèques premier logement de certains départements. L’ADIL (Agence Départementale d’Information sur le Logement) de votre département recense gratuitement toutes les aides auxquelles vous êtes éligible : c’est la première démarche à effectuer avant de constituer votre dossier bancaire.


Arthur Lemoine
Arthur Lemoine

Arthur Lemoine est chroniqueur indépendant du marché immobilier français. Il a couvert l immobilier résidentiel aux Échos pendant sept ans, puis la fiscalité et l investissement à Challenges pendant sept autres années, avant de fonder L Aurore Immo en 2026 pour publier en indépendant. Il décrypte quotidiennement le marché sans partenariat, sans commission d agence et sans affiliation cachée.