Donation en démembrement : principe, calcul fiscal, cas réels

Dans cet article

  • La donation en démembrement consiste à transmettre la nue-propriété d’un bien tout en conservant l’usufruit, ce qui réduit l’assiette taxable de 30 à 70 % selon l’âge du donateur
  • Le barème fiscal de l’article 669 du Code général des impôts fixe la valeur de la nue-propriété par tranches d’âge décennales, de 10 % (moins de 21 ans) à 90 % (91 ans et plus)
  • Un donateur de 55 ans qui donne la nue-propriété d’un bien de 400 000 € ne sera taxé que sur 240 000 € (60 %), soit une économie pouvant dépasser 30 000 € de droits par enfant
  • L’abattement en ligne directe de 100 000 € par parent et par enfant se reconstitue tous les 15 ans et se cumule avec la décote du démembrement
  • Au décès de l’usufruitier, la pleine propriété se reconstitue sans aucun droit de succession supplémentaire (article 1133 du CGI)
  • Les cas d’abus de droit existent : donation suivie d’une cession rapide ou démembrement fictif sont dans le viseur de l’administration fiscale

J’ai consacré plusieurs chroniques aux montages de transmission patrimoniale au fil de mes années aux Échos puis à Challenges. Le démembrement de propriété reste, à mon sens, l’un des outils les plus puissants du droit civil français pour transmettre un patrimoine immobilier en réduisant légalement la facture fiscale. Encore faut-il en maîtriser les rouages. Je vous propose ici un décryptage complet : principe juridique, barème officiel, calculs bruts et nets, trois cas réels chiffrés et les pièges à éviter.

Qu’est-ce que le démembrement de propriété

Le démembrement de propriété est un mécanisme juridique qui sépare le droit de propriété en deux composantes distinctes, définies par les articles 578 à 624 du Code civil. D’un côté, l’usufruit : le droit d’utiliser le bien et d’en percevoir les revenus (loyers, dividendes). De l’autre, la nue-propriété : le droit de disposer du bien, c’est-à-dire de le vendre ou de le léguer, sans pouvoir en jouir immédiatement.

Concrètement, lorsqu’un parent donne la nue-propriété d’un appartement à son enfant tout en conservant l’usufruit, il continue à habiter le logement ou à encaisser les loyers. L’enfant, nu-propriétaire, attend l’extinction de l’usufruit (au décès du parent) pour devenir plein propriétaire.

L’intérêt fiscal est considérable. Les droits de donation ne sont calculés que sur la valeur de la nue-propriété, et non sur la valeur totale du bien. Cette valeur dépend de l’âge de l’usufruitier au jour de la donation : plus le donateur est jeune, plus l’usufruit est valorisé et plus la nue-propriété est faible. C’est un levier d’optimisation que j’ai vu fonctionner des centaines de fois dans les patrimoines que je suis.

Il faut distinguer cette opération d’une succession classique où le bien est transmis en pleine propriété au décès. La donation démembrée anticipe la transmission et en réduit le coût.

Le démembrement permet de transmettre un bien immobilier tout en conservant le droit d'y vivre
Le démembrement permet de transmettre un bien immobilier tout en conservant le droit d’y vivre

Le barème fiscal de l’article 669 du CGI

Le barème qui détermine la répartition de la valeur entre usufruit et nue-propriété est fixé par l’article 669 du Code général des impôts. Ce barème, en vigueur depuis la réforme du 1er janvier 2004, est opposable à l’administration fiscale. Vous pouvez le retrouver sur le simulateur officiel de service-public.fr.

Âge de l’usufruitier Valeur de l’usufruit Valeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans 90 % 10 %
De 21 à 30 ans 80 % 20 %
De 31 à 40 ans 70 % 30 %
De 41 à 50 ans 60 % 40 %
De 51 à 60 ans 50 % 50 %
De 61 à 70 ans 40 % 60 %
De 71 à 80 ans 30 % 70 %
De 81 à 90 ans 20 % 80 %
91 ans et plus 10 % 90 %

Point crucial que je tiens à souligner : ce barème est forfaitaire. L’administration fiscale ne tient compte ni de l’état de santé du donateur, ni de la rentabilité du bien, ni de la durée effective de l’usufruit. C’est l’âge au jour de la donation qui fixe tout. Cette rigidité est en réalité un avantage pour le contribuable, car elle rend le calcul prévisible et incontestable.

Pour un donateur de 55 ans, la nue-propriété vaut 50 % de la valeur du bien. Pour un donateur de 65 ans, elle monte à 60 %. L’intérêt de donner tôt est donc évident : chaque décennie gagnée réduit l’assiette taxable de 10 points.

Calcul complet des droits sur une donation démembrée

Le calcul des droits de donation en démembrement suit une logique en quatre étapes que je détaille systématiquement dans mes chroniques :

Étape 1 : déterminer la valeur vénale du bien en pleine propriété. C’est la valeur de marché au jour de la donation, estimée par le notaire. Pour un appartement parisien, on se réfèrera aux références des Notaires de France ou aux données DVF (Demandes de Valeurs Foncières).

Étape 2 : appliquer le barème de l’article 669. On multiplie la valeur du bien par le pourcentage correspondant à l’âge de l’usufruitier. Si le bien vaut 300 000 € et que le donateur a 58 ans, la nue-propriété taxable est de 300 000 × 50 % = 150 000 €.

Étape 3 : déduire les abattements. En ligne directe (parent vers enfant), l’abattement est de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans (article 779 du CGI). Sur notre exemple : 150 000 − 100 000 = 50 000 € d’assiette nette taxable.

Étape 4 : appliquer le barème progressif des droits de donation. Ce barème, fixé à l’article 777 du Code général des impôts, s’applique par tranches :

Tranche taxable Taux
Jusqu’à 8 072 € 5 %
De 8 072 à 12 109 € 10 %
De 12 109 à 15 932 € 15 %
De 15 932 à 552 324 € 20 %
De 552 324 à 902 838 € 30 %
De 902 838 à 1 805 677 € 40 %
Au-delà de 1 805 677 € 45 %

Sur notre assiette de 50 000 €, le calcul donne : (8 072 × 5 %) + (4 037 × 10 %) + (3 823 × 15 %) + (34 068 × 20 %) = 403,60 + 403,70 + 573,45 + 6 813,60 = 8 194 € de droits. Sans démembrement, sur 300 000 € moins 100 000 € d’abattement, les droits auraient atteint 38 194 €. L’économie est de 30 000 €.

Le calcul des droits de donation en démembrement suit le barème progressif de l'article 777 du CGI
Le calcul des droits de donation en démembrement suit le barème progressif de l’article 777 du CGI

Cas réel n°1 : donation à un enfant, donateur de 55 ans

Prenons le cas de Marc, 55 ans, propriétaire d’un appartement à Lyon estimé à 400 000 €. Il souhaite transmettre ce bien à sa fille unique, Léa, 28 ans, tout en continuant à y vivre.

Marc donne la nue-propriété et conserve l’usufruit. À 55 ans, la nue-propriété vaut 50 % de la valeur du bien, soit 200 000 €. Après déduction de l’abattement de 100 000 € en ligne directe, l’assiette taxable s’établit à 100 000 €.

Calcul des droits : (8 072 × 5 %) + (4 037 × 10 %) + (3 823 × 15 %) + (84 068 × 20 %) = 403,60 + 403,70 + 573,45 + 16 813,60 = 18 194 € de droits de donation.

Si Marc avait attendu son décès pour transmettre en pleine propriété, les droits de succession auraient porté sur 400 000 − 100 000 = 300 000 €, soit 58 194 €. L’économie réalisée grâce au démembrement atteint 40 000 €.

Mieux encore : au décès de Marc, Léa deviendra pleine propriétaire sans aucun droit de succession supplémentaire. L’usufruit s’éteint par nature et la reconstitution de la pleine propriété est exonérée en vertu de l’article 1133 du CGI. C’est tout l’intérêt du montage.

J’ajoute que si Marc est marié, sa femme peut aussi donner la nue-propriété : les deux abattements de 100 000 € se cumulent, soit 200 000 € au total. La nue-propriété de 200 000 € passerait alors intégralement sous abattement, avec zéro droit à payer.

Cas réel n°2 : donation de parts de SCI à deux enfants

Ce second cas concerne Sophie et Thierry, 62 ans tous les deux, qui détiennent un immeuble locatif de 600 000 € via une SCI familiale. Ils ont deux enfants, Paul et Marie.

La SCI détient le bien. La valeur des parts sociales est de 600 000 €. En appliquant une décote de 10 % pour illiquidité des parts (admise par la jurisprudence constante du Conseil d’État), la valeur retenue descend à 540 000 €, soit 270 000 € par parent.

Chaque parent donne la nue-propriété de ses parts à chaque enfant. À 62 ans, la nue-propriété vaut 60 %. Par parent et par enfant : 270 000 / 2 × 60 % = 81 000 € de nue-propriété taxable. Après abattement de 100 000 € : 0 € de droits pour chaque enfant de chaque parent.

Récapitulatif de l’opération :

Paramètre Valeur
Valeur du bien immobilier 600 000 €
Décote parts SCI (10 %) −60 000 €
Valeur des parts retenue 540 000 €
Nue-propriété par parent (60 %) 162 000 € chacun
Nue-propriété par enfant et par parent 81 000 €
Abattement appliqué 100 000 €
Droits de donation totaux 0 €

Un bien de 600 000 € transmis sans aucun droit, grâce au cumul de trois leviers : le démembrement, la décote SCI et le doublement des abattements par la donation croisée des deux parents. Ce montage est parfaitement légal et largement validé par la doctrine fiscale. J’en ai détaillé la mécanique dans mon article sur les montages à plusieurs (indivision, SCI, démembrement).

Sophie et Thierry continuent à percevoir les loyers via leur usufruit sur les parts, ce qui leur assure un rendement locatif régulier pour leur retraite.

Cas réel n°3 : démembrement de parts de SCPI

Le démembrement ne concerne pas que l’immobilier physique. Les parts de SCPI (pierre papier) peuvent aussi faire l’objet d’une donation démembrée, avec un avantage spécifique.

Les parts de SCPI comme l'immobilier physique peuvent faire l'objet d'une donation démembrée
Les parts de SCPI comme l’immobilier physique peuvent faire l’objet d’une donation démembrée

Prenons Isabelle, 52 ans, qui détient 200 000 € de parts de SCPI diversifiées. Elle donne la nue-propriété à son fils unique. À 52 ans, la nue-propriété vaut 50 %, soit 100 000 €. Avec l’abattement de 100 000 € : zéro droit de donation.

Isabelle continue à percevoir les dividendes de ses SCPI (environ 4,5 % brut, soit 9 000 € par an). Au moment de son décès, son fils récupérera la pleine propriété des parts sans droits de succession.

L’avantage supplémentaire de la SCPI réside dans la divisibilité. Isabelle peut donner la nue-propriété de seulement une partie de ses parts pour calibrer exactement le montant sous abattement. Elle peut aussi renouveler l’opération 15 ans plus tard avec de nouvelles parts. Pour les patrimoines en construction, c’est un outil plus souple que l’immobilier physique.

Concernant l’IFI, point important : le nu-propriétaire n’est pas redevable de l’IFI sur les parts démembrées. C’est l’usufruitier qui les déclare dans son patrimoine taxable. La donation démembrée allège donc aussi l’IFI du donataire.

La reconstitution gratuite au décès de l’usufruitier

C’est le point que je considère comme le plus puissant du dispositif, et celui que beaucoup de contribuables sous-estiment. Lorsque l’usufruitier décède, l’usufruit s’éteint automatiquement. Le nu-propriétaire devient plein propriétaire sans aucune formalité fiscale supplémentaire et surtout sans aucun droit de succession à payer sur la valeur de l’usufruit reconstitué.

Cette gratuité découle de l’article 1133 du Code général des impôts. Le bien sort purement et simplement de l’actif successoral de l’usufruitier décédé. Ni les héritiers du nu-propriétaire, ni le nu-propriétaire lui-même n’ont quoi que ce soit à régler au fisc.

Pour reprendre notre cas n°1 : Marc donne la nue-propriété d’un bien de 400 000 € à Léa en payant 18 194 € de droits. Si le bien vaut 500 000 € au décès de Marc vingt ans plus tard, Léa récupère 500 000 € de pleine propriété sans rien payer de plus. La plus-value latente est absorbée par le mécanisme de reconstitution.

C’est cette mécanique qui fait du démembrement un outil supérieur à la donation en pleine propriété suivie d’une réserve d’usufruit conventionnelle. J’en ai analysé les implications patrimoniales dans mon article sur les démarches et frais de succession en 2026.

Risques, abus de droit et limites à connaître

Le démembrement est un outil puissant, mais il n’est pas sans risques. En tant que chroniqueur, je me dois de vous alerter sur les écueils.

Le risque d’abus de droit (article L64 du Livre des procédures fiscales). L’administration peut requalifier une donation démembrée si elle estime que le montage est exclusivement fiscal, sans réalité économique. Le BOFiP (BOI-ENR-DMTG-10-10-40-10) détaille les critères d’appréciation. Les cas typiques de requalification : une donation de nue-propriété suivie d’une vente rapide du bien avec partage du prix entre usufruitier et nu-propriétaire ; un démembrement où l’usufruitier n’exerce jamais réellement ses prérogatives.

Les contraintes pour le nu-propriétaire. Le nu-propriétaire ne peut ni habiter le bien, ni percevoir de revenus, ni vendre sans l’accord de l’usufruitier. C’est une forme d’immobilisation du capital pendant toute la durée de l’usufruit. Pour un premier investissement locatif, ce n’est pas toujours adapté.

Les grosses réparations. En vertu de l’article 605 du Code civil, les grosses réparations (toiture, murs de soutènement, voûtes) incombent au nu-propriétaire, tandis que l’entretien courant reste à la charge de l’usufruitier. Cette répartition peut générer des tensions familiales, surtout si le nu-propriétaire n’a pas les moyens de financer un ravalement ou une réfection de toiture.

L’irréversibilité de la donation. Sauf cas très exceptionnels prévus par le Code civil (ingratitude, non-exécution des charges, survenance d’enfants sous conditions), une donation est définitive. Le donateur ne peut pas récupérer la nue-propriété transmise. Il faut être certain de sa décision.

L’impact sur le financement. Un bien démembré est plus difficile à donner en garantie bancaire. Si le donataire souhaite obtenir un crédit immobilier en utilisant ce bien, la banque sera réticente car elle ne pourra saisir qu’une nue-propriété, actif peu liquide.

Les étapes pratiques pour réaliser une donation démembrée

Pour conclure ce décryptage, voici la marche à suivre concrète :

1. Évaluer le patrimoine. Faites estimer le bien par un ou deux professionnels indépendants. Pour un bien locatif, le rendement net peut influencer la valorisation.

2. Choisir le bon moment. Plus le donateur est jeune, plus la nue-propriété est faible et plus l’économie fiscale est importante. La tranche 51-60 ans (nue-propriété à 50 %) est souvent le meilleur compromis entre décote fiscale et horizon de jouissance.

3. Vérifier le délai de rappel fiscal. Si une donation a déjà été consentie au même bénéficiaire il y a moins de 15 ans, l’abattement n’est pas encore reconstitué. Le notaire vérifiera ce point systématiquement.

4. Rédiger l’acte notarié. La donation en démembrement doit obligatoirement être reçue par un notaire (article 931 du Code civil). L’acte précisera la nature des droits transmis, la répartition des charges entre usufruitier et nu-propriétaire, et les éventuelles clauses de retour conventionnel.

5. Publier et déclarer. Le notaire se charge de la publication au service de publicité foncière et du dépôt de la déclaration de donation (formulaire n°2735) auprès du service des impôts. Les droits sont payables immédiatement, sauf demande de paiement fractionné.

6. Anticiper la suite. Pensez au renouvellement de l’opération dans 15 ans si votre patrimoine le permet, et à la cohérence avec votre stratégie patrimoniale globale : déficit foncier, LMNP, assurance-vie.

À retenir

  • Donnez la nue-propriété avant 61 ans pour bénéficier d’une décote d’au moins 50 % sur l’assiette taxable, conformément au barème de l’article 669 du CGI
  • Cumulez les leviers : abattement de 100 000 € par parent et par enfant, décote SCI de 10 à 15 %, et donation croisée des deux parents pour potentiellement transmettre sans aucun droit
  • Vérifiez que le délai de rappel fiscal de 15 ans est écoulé depuis toute donation antérieure au même bénéficiaire avant de lancer l’opération
  • Anticipez les grosses réparations (article 605 du Code civil) en prévoyant une clause de répartition précise dans l’acte notarié, pour éviter les conflits familiaux
  • Ne revendez jamais le bien rapidement après la donation : un délai inférieur à 3 ans entre donation et cession déclenche quasi systématiquement un contrôle pour abus de droit

Questions fréquentes


Quelle différence entre donation en pleine propriété et donation en démembrement ?

La donation en pleine propriété transfère la totalité des droits sur le bien : le donataire peut l’utiliser, le louer et le vendre immédiatement. Les droits de donation sont calculés sur la valeur totale du bien. La donation en démembrement ne transfère que la nue-propriété : le donateur conserve l’usufruit (usage et revenus). Les droits sont calculés sur la seule valeur de la nue-propriété, réduite selon le barème de l’article 669 du CGI, ce qui génère une économie fiscale substantielle.


Peut-on faire une donation démembrée à un petit-enfant ou à un neveu ?

Oui, le démembrement fonctionne pour toute donation, quel que soit le lien de parenté. Toutefois, les abattements varient considérablement : 100 000 € en ligne directe (enfant), 31 865 € pour un petit-enfant, 7 967 € pour un neveu ou une nièce, et 1 594 € entre non-parents. Le taux d’imposition est également plus élevé hors ligne directe (jusqu’à 60 % entre non-parents). Le démembrement réduit l’assiette, mais ne modifie ni les abattements ni les taux.


L’usufruitier peut-il vendre le bien sans l’accord du nu-propriétaire ?

Non. L’usufruitier peut vendre son usufruit seul, mais pas le bien en pleine propriété. La vente du bien en pleine propriété nécessite l’accord conjoint de l’usufruitier et du nu-propriétaire. Le prix de vente est alors réparti entre les deux selon le barème de l’article 669 ou selon un barème économique librement convenu. C’est d’ailleurs cette vente concertée rapide après donation qui peut constituer un abus de droit si elle intervient trop vite.


Le démembrement a-t-il un impact sur l’IFI du donataire ?

En principe, le nu-propriétaire n’est pas redevable de l’IFI sur les biens démembrés. C’est l’usufruitier qui doit déclarer la valeur en pleine propriété du bien dans son patrimoine IFI (article 968 du CGI). Il existe une exception : lorsque le démembrement résulte de l’article 757 du Code civil (usufruit légal du conjoint survivant), c’est chacun qui déclare la valeur de son droit. La donation démembrée est donc un outil d’allègement de l’IFI pour le donataire.


Que se passe-t-il si l’usufruitier renonce à son usufruit avant son décès ?

L’usufruitier peut renoncer à son usufruit par acte notarié, ce qui provoque la reconstitution anticipée de la pleine propriété au profit du nu-propriétaire. Fiscalement, cette renonciation peut être requalifiée en donation taxable de l’usufruit si elle n’est pas justifiée par un motif légitime. L’administration appliquera alors les droits de donation sur la valeur de l’usufruit abandonné, annulant en partie l’avantage fiscal initial. Prudence donc : toute renonciation doit être motivée et encadrée par un notaire.


Peut-on démembrer un bien immobilier acheté à crédit ?

Oui, mais avec des précautions. Si le bien est grevé d’un emprunt, la banque doit être informée et peut exiger le maintien de garanties. Le crédit restant dû vient en déduction de la valeur du bien pour le calcul des droits de donation, ce qui réduit encore l’assiette taxable. Par exemple, un bien de 300 000 € avec un crédit résiduel de 100 000 € verra la donation porter sur une valeur nette de 200 000 €, dont seule la nue-propriété sera taxée.


Arthur Lemoine
Arthur Lemoine

Arthur Lemoine est chroniqueur indépendant du marché immobilier français. Il a couvert l immobilier résidentiel aux Échos pendant sept ans, puis la fiscalité et l investissement à Challenges pendant sept autres années, avant de fonder L Aurore Immo en 2026 pour publier en indépendant. Il décrypte quotidiennement le marché sans partenariat, sans commission d agence et sans affiliation cachée.