Succession d un bien immobilier : démarches, frais, abattements 2026

Dans cet article

  • L’abattement en ligne directe (parent-enfant) reste fixé à 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans (art. 779-I du CGI)
  • Le barème des droits de succession en ligne directe s’échelonne de 5 % à 45 % selon la part taxable, avec un taux marginal atteint dès 1 805 677 € (art. 777 du CGI)
  • La déclaration de succession doit être déposée dans un délai de 6 mois après le décès pour un bien situé en France métropolitaine, 12 mois en outre-mer ou à l’étranger
  • Un bien immobilier constituant la résidence principale du défunt bénéficie d’un abattement spécifique de 20 % sur sa valeur vénale sous conditions
  • Les frais de notaire liés au règlement d’une succession immobilière représentent entre 1 % et 3 % de l’actif brut successoral, auxquels s’ajoutent les droits fiscaux
  • Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, les frais bancaires de succession sont plafonnés à 1 % du montant des avoirs avec un maximum de 200 € par établissement

Je couvre la fiscalité immobilière depuis plus de quatorze ans, et la succession reste le sujet sur lequel je reçois le plus de questions angoissées. Il faut dire que le cocktail est redoutable : délais serrés, paperasse administrative, droits parfois lourds, et tout cela dans un moment de deuil où personne n’a envie de sortir sa calculatrice. Pourtant, comprendre les mécanismes permet de dédramatiser considérablement la situation. Je vous propose un décryptage complet, chiffré et sourcé, des démarches, frais et abattements applicables à la succession d’un bien immobilier en 2026.

Les étapes clés d’une succession immobilière en 2026

La succession d’un bien immobilier suit un cheminement précis, encadré par le Code civil et le Code général des impôts. Voici la chronologie que j’observe systématiquement dans les dossiers.

Dans les 24 à 48 heures, le décès doit être déclaré à la mairie du lieu de décès. L’acte de décès est indispensable pour toute la suite. En parallèle, les proches doivent contacter un notaire, obligatoire dès qu’un bien immobilier figure dans la succession (article L. 710-1 du Code de la construction et de l’habitation, rappelé par service-public.fr).

Dans les premières semaines, le notaire procède à plusieurs vérifications : recherche d’un éventuel testament au fichier central des dispositions de dernières volontés (FCDDV), identification de l’ensemble des héritiers, établissement d’un acte de notoriété. Il demande également une évaluation du patrimoine immobilier du défunt.

Dans les six mois, la déclaration de succession (formulaire n° 2705) doit être déposée auprès du service des impôts du domicile du défunt. Ce délai est porté à douze mois lorsque le décès est survenu hors de France métropolitaine. Attention : un retard entraîne une pénalité de 0,40 % d’intérêt par mois de retard, plus une majoration de 10 % si le dépôt intervient plus de douze mois après le décès.

Les héritiers disposent de six mois pour déposer la déclaration de succession
Les héritiers disposent de six mois pour déposer la déclaration de succession

Le paiement des droits intervient au moment du dépôt de la déclaration. Un paiement fractionné est possible sur une durée maximale de cinq ans (voire dix ans pour la transmission d’entreprises), moyennant des intérêts au taux légal. Depuis 2024, le paiement en dation (remise d’œuvres d’art ou d’immeubles à l’État) reste une option méconnue mais efficace pour les patrimoines importants.

Déclaration de succession : délais et documents obligatoires

La déclaration de succession est le document fiscal central. Elle recense l’intégralité de l’actif (biens immobiliers, comptes bancaires, assurance-vie, mobilier) et du passif (dettes, emprunts en cours, frais funéraires dans la limite de 1 500 €).

Pour un bien immobilier, le notaire aura besoin des pièces suivantes : le titre de propriété, le dernier avis de taxe foncière, les diagnostics techniques (DPE notamment), un état hypothécaire et, le cas échéant, les baux en cours si le bien est loué. L’évaluation du bien repose sur sa valeur vénale au jour du décès, c’est-à-dire le prix auquel il pourrait raisonnablement se vendre sur le marché. J’insiste sur ce point : sous-évaluer un bien immobilier dans la déclaration expose à un redressement fiscal avec pénalités de 40 % pour manquement délibéré.

Les héritiers peuvent opter pour trois choix : accepter purement et simplement la succession, l’accepter à concurrence de l’actif net (si l’on craint que les dettes dépassent l’actif), ou y renoncer purement et simplement. Ce choix se fait auprès du greffe du tribunal judiciaire et conditionne toute la suite.

Barème des droits de succession applicable en 2026

Le barème des droits de succession en ligne directe (parents-enfants) est défini à l’article 777 du Code général des impôts. Il n’a pas été modifié par la loi de finances 2026 et s’applique après déduction des abattements.

Part taxable après abattement Taux applicable
Jusqu’à 8 072 € 5 %
De 8 072 € à 12 109 € 10 %
De 12 109 € à 15 932 € 15 %
De 15 932 € à 552 324 € 20 %
De 552 324 € à 902 838 € 30 %
De 902 838 € à 1 805 677 € 40 %
Au-delà de 1 805 677 € 45 %

Pour les successions entre frères et sœurs, le taux est de 35 % jusqu’à 24 430 € puis 45 % au-delà. Entre oncles/tantes et neveux/nièces : 55 %. Pour les tiers sans lien de parenté : 60 %. Ces taux expliquent l’importance cruciale de la planification successorale, un sujet que j’aborde régulièrement dans mes analyses sur la SCI familiale et ses avantages comparés.

Abattements en vigueur selon le lien de parenté

Les abattements s’appliquent sur la part nette revenant à chaque héritier, avant application du barème. Ils se renouvellent tous les 15 ans (auparavant 10 ans avant 2012), ce qui signifie que des donations antérieures au décès peuvent en avoir consommé une partie.

Lien avec le défunt Abattement applicable Référence CGI
Époux ou partenaire de PACS Exonération totale Art. 796-0 bis
Enfant (ou ascendant) 100 000 € Art. 779-I
Petit-enfant (en représentation) 100 000 € (part du parent prédécédé) Art. 779-I
Frère ou sœur 15 932 € Art. 779-IV
Neveu ou nièce 7 967 € Art. 779-V
Personne handicapée (cumul possible) 159 325 € Art. 779-II
Autre héritier 1 594 € Art. 788-VI

Un point essentiel : le conjoint survivant est totalement exonéré de droits de succession depuis la loi TEPA de 2007, quel que soit le montant hérité. C’est un avantage considérable qui pèse lourd dans les stratégies patrimoniales, notamment lorsqu’on compare avec la fiscalité de l’IFI dont les seuils et le calcul sont détaillés ici.

La résidence principale du défunt bénéficie d'un abattement de 20 % sous conditions
La résidence principale du défunt bénéficie d’un abattement de 20 % sous conditions

Résidence principale du défunt : l’abattement de 20 %

L’article 764 bis du CGI prévoit un abattement de 20 % sur la valeur vénale de l’immeuble constituant la résidence principale du défunt au jour du décès. Ce mécanisme est soumis à une condition stricte : le bien doit être occupé à titre de résidence principale par le conjoint survivant, un enfant mineur, majeur protégé, ou un enfant ou ascendant du défunt qui vivait avec lui.

Concrètement, si un appartement est estimé à 400 000 €, seuls 320 000 € sont retenus dans l’assiette taxable. Combiné avec l’abattement de 100 000 € par enfant en ligne directe, l’effet peut être très significatif.

Cet abattement ne concerne que la résidence principale, pas les résidences secondaires ni les biens locatifs. Pour ces derniers, la fiscalité de la plus-value obéit à d’autres règles que je détaille dans mon guide dédié.

Attention à un piège courant : si le défunt avait quitté sa résidence principale pour entrer en EHPAD, l’administration fiscale peut considérer que le bien n’était plus la résidence principale au jour du décès. La jurisprudence admet toutefois le maintien de l’abattement si le départ était contraint par l’état de santé et que le bien n’a été ni vendu ni loué.

Frais de notaire et coût réel du règlement successoral

Les frais de notaire dans le cadre d’une succession se décomposent en émoluments réglementés (fixés par décret), débours et formalités. Le tarif des émoluments proportionnels pour un acte de notoriété, une attestation de propriété immobilière et une déclaration de succession suit un barème dégressif.

Pour l’attestation de propriété immobilière (obligatoire pour transférer le bien au nom des héritiers), les émoluments représentent environ 0,50 % HT de la valeur du bien pour les tranches les plus élevées, avec un plancher. Sur un bien à 300 000 €, comptez entre 1 200 et 1 800 € HT d’émoluments pour cette seule formalité.

À ces émoluments s’ajoutent les débours (frais avancés par le notaire : état hypothécaire, documents d’urbanisme, publications au fichier immobilier) et la contribution de sécurité immobilière de 0,10 % de la valeur du bien. Au total, les frais de notaire stricto sensu oscillent entre 1 % et 3 % de l’actif brut, hors droits de succession.

Nouvellement notable en 2026 : la loi n° 2024-494 du 31 mai 2024 a plafonné les frais bancaires de succession. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, les banques ne peuvent plus facturer plus de 1 % des avoirs du défunt avec un plafond de 200 € par établissement pour les comptes de moins de 20 000 €. C’est une économie bienvenue qui peut représenter plusieurs centaines d’euros.

Cas pratique : calcul complet des droits sur un appartement

Prenons un exemple concret pour illustrer le mécanisme. Marie, veuve, décède en 2026. Elle laisse un appartement estimé à 350 000 € (sa résidence principale) et un compte bancaire de 50 000 €. Ses deux enfants, Pierre et Sophie, héritent à parts égales.

Étape 1 : actif brut. L’appartement bénéficie de l’abattement de 20 % au titre de la résidence principale (Sophie y vivait avec sa mère). Valeur retenue : 350 000 × 0,80 = 280 000 €. Actif brut retenu : 280 000 + 50 000 = 330 000 €.

Étape 2 : passif déductible. Frais funéraires (1 500 € forfaitaires) et un solde de crédit de 10 000 €. Passif total : 11 500 €.

Étape 3 : actif net taxable. 330 000 − 11 500 = 318 500 €. Part de chaque enfant : 318 500 / 2 = 159 250 €.

Étape 4 : abattement. Chaque enfant bénéficie de l’abattement de 100 000 €. Part taxable par enfant : 159 250 − 100 000 = 59 250 €.

Étape 5 : application du barème.

  • 8 072 € × 5 % = 403,60 €
  • (12 109 − 8 072) × 10 % = 403,70 €
  • (15 932 − 12 109) × 15 % = 573,45 €
  • (59 250 − 15 932) × 20 % = 8 663,60 €

Droits par enfant : 10 044,35 €. Soit un taux effectif de 6,31 % rapporté à la part brute de chaque enfant. Total des droits pour la fratrie : 20 088,70 €.

Ce cas montre qu’avec les abattements, la charge fiscale reste modérée sur un patrimoine de cet ordre. La situation se complique nettement pour les héritiers en ligne indirecte ou pour les patrimoines immobiliers plus importants, d’où l’intérêt d’anticiper avec des montages adaptés.

Indivision, partage ou vente : les héritiers doivent s'accorder sur le sort du bien
Indivision, partage ou vente : les héritiers doivent s’accorder sur le sort du bien

Optimiser la transmission immobilière de son vivant

La meilleure façon de réduire les droits de succession reste d’anticiper. Plusieurs leviers légaux existent.

La donation en nue-propriété avec réserve d’usufruit est la stratégie la plus classique. Le donateur conserve l’usage du bien (ou les loyers s’il est loué) et ne transmet que la nue-propriété, dont la valeur fiscale dépend de son âge au moment de la donation. À 65 ans, la nue-propriété représente 60 % de la valeur en pleine propriété (art. 669 du CGI). L’abattement de 100 000 € s’applique sur cette valeur réduite, ce qui permet de transmettre un bien de 250 000 € sans aucun droit. J’analyse en détail les variantes de ce montage dans mon comparatif indivision, SCI et démembrement.

La SCI familiale offre un autre levier : les parts sociales peuvent être transmises progressivement avec une décote d’illiquidité de 10 à 20 % acceptée par l’administration, puisque des parts de SCI se vendent moins facilement qu’un bien en direct. Pour creuser ce sujet, je vous renvoie à mon comparatif SCI familiale ou SCI à l’IS.

Le pacte Dutreil ne concerne pas directement l’immobilier résidentiel, mais peut s’appliquer à une activité de location meublée professionnelle sous certaines conditions très restrictives.

Enfin, le mécanisme du présent d’usage (don à l’occasion d’un événement familial, proportionné aux revenus du donateur) et les dons familiaux de sommes d’argent exonérés à hauteur de 31 865 € par enfant tous les 15 ans (art. 790 G du CGI) peuvent compléter la stratégie. Ce capital transmis peut ensuite servir à financer un premier investissement locatif dont je détaille les 8 étapes clés.

Indivision, vente ou partage : que faire du bien hérité

Une fois la succession réglée, les héritiers se retrouvent souvent en indivision sur le bien immobilier. Cette situation, régie par les articles 815 et suivants du Code civil, signifie que chacun possède une quote-part abstraite du bien sans pouvoir en disposer librement. Nul n’est tenu de rester en indivision (art. 815 du Code civil), et tout héritier peut demander le partage à tout moment.

Trois options s’offrent alors :

Conserver le bien en indivision, avec une convention d’indivision (recommandée pour 5 ans maximum). Cela suppose un accord unanime sur la gestion : qui paie la taxe foncière, l’assurance, les travaux ? Les décisions courantes se prennent à la majorité des deux tiers des droits indivis, mais la vente requiert l’unanimité (ou une autorisation judiciaire).

Procéder au partage, soit amiable (le bien est attribué à l’un des héritiers moyennant une soulte aux autres), soit judiciaire en cas de désaccord. Le partage donne lieu à un droit de partage de 1,10 % de l’actif net partagé (taux abaissé depuis 2022, anciennement 2,50 %).

Vendre le bien et se répartir le produit. La plus-value éventuelle est calculée à partir de la valeur déclarée dans la succession, qui sert de nouveau prix d’acquisition. Si vous vendez rapidement après le décès, la plus-value sera faible ou nulle. En revanche, si vous conservez le bien plusieurs années, les règles de calcul de la plus-value immobilière s’appliqueront intégralement, avec les abattements pour durée de détention.

Pour les héritiers qui souhaitent conserver le bien en investissement locatif, le calcul du rendement locatif net et le choix du régime fiscal LMNP méritent une attention particulière.

À retenir

  • Déposez la déclaration de succession dans les 6 mois suivant le décès pour éviter les pénalités de retard de 0,40 % par mois
  • Vérifiez si le bien bénéficie de l’abattement de 20 % résidence principale (art. 764 bis du CGI) : la condition d’occupation par un héritier au jour du décès est strictement contrôlée
  • Anticipez la transmission par une donation en nue-propriété après 60 ans : la décote liée à l’âge et l’abattement de 100 000 € permettent de transmettre un bien de 250 000 € sans droits
  • En cas d’indivision subie, signez une convention d’indivision notariée pour fixer les règles de gestion et éviter les blocages
  • Conservez tous les justificatifs de travaux réalisés sur un bien hérité : ils majorent le prix d’acquisition en cas de revente et réduisent la plus-value taxable

Questions fréquentes


Quel est le délai pour déclarer une succession avec un bien immobilier ?

Le délai est de 6 mois à compter du décès lorsque celui-ci survient en France métropolitaine, et de 12 mois s’il survient à l’étranger ou en outre-mer. Ce délai s’applique au dépôt de la déclaration de succession (formulaire n° 2705) auprès du service des impôts. Un retard entraîne des intérêts de retard de 0,40 % par mois et une majoration de 10 % au-delà de 12 mois.


Le conjoint survivant paie-t-il des droits de succession sur la maison ?

Non. Depuis la loi TEPA du 21 août 2007, le conjoint survivant (marié ou pacsé) est totalement exonéré de droits de succession, quel que soit le montant hérité. Cette exonération s’applique aussi bien au bien immobilier qu’aux autres actifs de la succession. En revanche, le concubin non pacsé est considéré comme un tiers et taxé à 60 % après un abattement de seulement 1 594 €.


Comment est évalué un bien immobilier dans une succession ?

Le bien est évalué à sa valeur vénale au jour du décès, c’est-à-dire le prix qu’un acheteur accepterait de payer dans des conditions normales de marché. Les héritiers peuvent s’appuyer sur des estimations d’agences, des références de ventes comparables (base DVF des notaires) ou une expertise indépendante. Une sous-évaluation délibérée expose à un redressement avec pénalités pouvant atteindre 40 %. L’abattement de 20 % pour la résidence principale (art. 764 bis du CGI) s’applique ensuite sur cette valeur.


Peut-on payer les droits de succession en plusieurs fois ?

Oui, le paiement fractionné est possible sur demande auprès du service des impôts. Il s’effectue en versements égaux sur une durée maximale de 5 ans (voire 10 ans pour les transmissions d’entreprises), moyennant le paiement d’intérêts au taux légal. Un paiement différé est également envisageable lorsque la succession comprend des biens en nue-propriété : les droits sont alors reportés jusqu’à la réunion de l’usufruit et de la nue-propriété.


Quels sont les frais bancaires de succession en 2026 ?

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, les frais bancaires de succession sont plafonnés par la loi. Pour les comptes dont le solde est inférieur à 20 000 €, les frais ne peuvent excéder 1 % des avoirs avec un maximum de 200 € par établissement. Pour les comptes supérieurs, les banques restent libres de fixer leurs tarifs mais doivent les afficher clairement. Ces frais couvrent le blocage et le déblocage des comptes, les virements aux héritiers et la clôture.


Faut-il obligatoirement passer par un notaire pour une succession immobilière ?

Oui, le recours au notaire est obligatoire dès qu’un bien immobilier figure dans la succession. Lui seul peut établir l’attestation de propriété immobilière qui permet de transférer le bien au nom des héritiers au fichier immobilier (service de la publicité foncière). Sans cette formalité, les héritiers ne peuvent ni vendre le bien ni y effectuer d’opérations officielles.


Arthur Lemoine
Arthur Lemoine

Arthur Lemoine est chroniqueur indépendant du marché immobilier français. Il a couvert l immobilier résidentiel aux Échos pendant sept ans, puis la fiscalité et l investissement à Challenges pendant sept autres années, avant de fonder L Aurore Immo en 2026 pour publier en indépendant. Il décrypte quotidiennement le marché sans partenariat, sans commission d agence et sans affiliation cachée.