Dans cet article
- Depuis la loi Le Meur du 19 novembre 2024, l’assemblée générale peut interdire ou restreindre la location meublée touristique à la majorité de l’article 25, soit la majorité des voix de tous les copropriétaires
- La clause d’habitation bourgeoise exclusive dans le règlement de copropriété interdit déjà, en l’état, toute activité de location saisonnière type Airbnb sans qu’un vote supplémentaire soit nécessaire
- Une clause d’habitation bourgeoise simple autorise les professions libérales et tolère la location meublée, sauf si le règlement vise expressément l’interdiction des locations de courte durée
- Le nouvel article 8-1-1 de la loi du 10 juillet 1965 permet désormais d’inscrire au règlement de copropriété une interdiction spécifique des meublés de tourisme, y compris dans les immeubles à usage mixte
- Les communes de plus de 200 000 habitants et les zones tendues imposent en parallèle un changement d’usage avec compensation, ce qui ajoute une couche administrative indépendante du règlement de copropriété
- Le copropriétaire qui loue en Airbnb malgré une interdiction valide s’expose à des sanctions civiles (cessation sous astreinte, dommages-intérêts) et à des amendes administratives pouvant atteindre 50 000 €
Sommaire
- Ce que le règlement de copropriété pouvait déjà interdire avant 2024
- Loi Le Meur du 19 novembre 2024 : le tournant pour les copropriétés
- Clause d’habitation bourgeoise exclusive ou simple : la distinction décisive
- Vote en assemblée générale : quelle majorité pour interdire Airbnb
- Changement d’usage et autorisation municipale : l’autre verrou
- Sanctions et contentieux : ce que risque le copropriétaire contrevenant
- Conseils pratiques selon votre situation
Je reçois chaque semaine des messages de copropriétaires exaspérés par le va-et-vient de voyageurs dans leur immeuble, et tout autant de propriétaires-bailleurs inquiets de perdre leur droit de louer sur Airbnb. La question revient toujours : le règlement de copropriété peut-il vraiment interdire la location meublée touristique ? La réponse a profondément changé depuis fin 2024. Je vous détaille ici l’ensemble du cadre juridique, texte par texte, pour que vous sachiez exactement où vous en êtes.
Ce que le règlement de copropriété pouvait déjà interdire avant 2024
Avant la loi Le Meur, le droit de la copropriété reposait sur un principe simple issu de l’article 8 de la loi du 10 juillet 1965 : le règlement de copropriété ne peut imposer de restrictions aux droits des copropriétaires que si elles sont justifiées par la destination de l’immeuble. Autrement dit, on ne peut pas interdire n’importe quoi ; il faut que la restriction corresponde à la nature et à la vocation du bâtiment.
En pratique, deux configurations existaient déjà :
- Le règlement comportait une clause d’habitation bourgeoise exclusive : seule l’habitation stricte était autorisée. Les tribunaux considéraient de manière constante que la location meublée touristique de courte durée constituait une activité commerciale incompatible avec cette clause.
- Le règlement comportait une clause d’habitation bourgeoise simple ou ne contenait aucune restriction : la location meublée était en principe tolérée, tant qu’elle ne causait pas de troubles anormaux de voisinage.
La Cour de cassation, dans un arrêt de la 3ᵉ chambre civile du 8 mars 2018 (n° 14-15.864), avait confirmé qu’une clause d’habitation bourgeoise exclusive suffisait à fonder l’interdiction de la location saisonnière. Mais pour les immeubles sans cette clause, les copropriétaires hostiles à Airbnb se retrouvaient souvent démunis : il fallait prouver des nuisances concrètes, dossier par dossier, devant le tribunal judiciaire.
Loi Le Meur du 19 novembre 2024 : le tournant pour les copropriétés

La loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024 visant à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l’échelle locale a redistribué les cartes. Cette loi, portée par la députée Annaïg Le Meur, introduit un nouvel article 8-1-1 dans la loi du 10 juillet 1965 sur la copropriété. Ce texte autorise désormais explicitement les copropriétés à inscrire dans leur règlement une interdiction ou une restriction de la location en meublé de tourisme.
Concrètement, la loi prévoit que l’assemblée générale des copropriétaires peut :
- Interdire totalement la location de lots à usage d’habitation en tant que meublés de tourisme au sens de l’article L. 324-1-1 du Code du tourisme
- Restreindre partiellement cette activité, par exemple en limitant le nombre de jours de location par an ou en excluant certains bâtiments de la copropriété
- Soumettre cette activité à une autorisation préalable du syndicat des copropriétaires
Le Conseil constitutionnel, saisi de cette disposition, l’a validée dans sa décision n° 2024-1108 QPC du 7 février 2025, estimant que la restriction au droit de propriété était proportionnée à l’objectif de préservation de la tranquillité des résidents et de l’offre de logements permanents. Cette validation constitutionnelle a levé le dernier doute juridique sur la solidité du dispositif.
Clause d’habitation bourgeoise exclusive ou simple : la distinction décisive
Avant même d’envisager un vote en AG, la première chose que je recommande est de relire intégralement le règlement de copropriété, et en particulier les clauses relatives à la destination des lots. Voici ce que signifie concrètement chaque formulation :
| Type de clause | Formulation typique | Location longue durée | Location meublée Airbnb | Activité commerciale |
|---|---|---|---|---|
| Habitation bourgeoise exclusive | « Les lots sont destinés exclusivement à l’habitation » | Autorisée | Interdite | Interdite |
| Habitation bourgeoise simple | « Les lots sont destinés à l’habitation, les professions libérales étant tolérées » | Autorisée | Tolérée (sauf nuisances) | Interdite sauf professions libérales |
| Usage mixte | « Les lots peuvent être affectés à l’habitation ou à une activité professionnelle ou commerciale » | Autorisée | Autorisée (sauf restriction spécifique) | Autorisée |
| Aucune clause restrictive | Silence du règlement | Autorisée | Autorisée | À apprécier selon destination de l’immeuble |
Attention : la jurisprudence a parfois été nuancée sur l’interprétation de la clause bourgeoise simple. La Cour d’appel de Paris a pu considérer que la location meublée saisonnière, lorsqu’elle est exercée de manière habituelle et répétée, s’apparente à une activité commerciale incompatible même avec une clause bourgeoise simple. Chaque cas dépend de la rédaction exacte du règlement et de l’intensité de l’activité locative.
Si votre immeuble est sous le régime de la copropriété avec assemblée générale, je vous conseille de faire analyser la clause par un avocat spécialisé avant de lancer toute procédure.
Vote en assemblée générale : quelle majorité pour interdire Airbnb

C’est l’un des apports majeurs de la loi Le Meur : l’abaissement du seuil de majorité nécessaire pour modifier le règlement de copropriété sur ce point précis. Avant novembre 2024, modifier le règlement de copropriété exigeait la double majorité de l’article 26, soit les deux tiers des voix de tous les copropriétaires. Un seuil quasiment inatteignable dans les grandes copropriétés, où l’absentéisme en AG est souvent massif.
Désormais, l’article 8-1-1 prévoit que l’interdiction ou la restriction des meublés de tourisme peut être votée à la majorité de l’article 25, c’est-à-dire la majorité des voix de tous les copropriétaires (présents, représentés et absents). Et si cette majorité n’est pas atteinte mais que le projet recueille au moins le tiers des voix, un second vote à la majorité simple de l’article 24 peut être organisé, conformément à la passerelle prévue à l’article 25-1 de la loi de 1965.
Voici le processus étape par étape :
- Inscription à l’ordre du jour de l’AG : tout copropriétaire peut demander au syndic d’inscrire la résolution, par lettre recommandée, avant l’envoi des convocations
- Rédaction de la résolution : elle doit préciser clairement la nature de la restriction (interdiction totale, limitation du nombre de jours, autorisation préalable)
- Vote à la majorité de l’article 25 : si la résolution recueille plus de la moitié des tantièmes de l’ensemble des copropriétaires, elle est adoptée
- Passerelle article 25-1 : en cas d’échec au premier vote mais avec au moins un tiers des voix, un nouveau vote immédiat à la majorité de l’article 24 (majorité des voix des présents et représentés) peut être organisé
- Publication au fichier immobilier : la modification du règlement doit être publiée au service de la publicité foncière pour être opposable aux tiers et aux futurs acquéreurs
Le coût de cette publication, incluant les frais de notaire pour l’acte modificatif, se situe généralement entre 1 500 et 3 500 € selon la complexité du dossier. Cette charge est répartie entre tous les copropriétaires au prorata des tantièmes de charges générales.
Changement d’usage et autorisation municipale : l’autre verrou
Le règlement de copropriété n’est pas le seul obstacle potentiel. Dans les communes de plus de 200 000 habitants (Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nice, etc.) et dans de nombreuses zones tendues, la réglementation municipale impose un changement d’usage pour transformer un logement en meublé de tourisme loué de manière habituelle.
L’article L. 631-7 du Code de la construction et de l’habitation prévoit que tout changement d’usage d’un local d’habitation nécessite une autorisation préalable de la mairie. Cette autorisation peut être subordonnée à une compensation : le propriétaire doit transformer un local commercial en logement dans le même arrondissement (à Paris) ou le même secteur, pour compenser la perte de surface habitable.
La loi Le Meur a encore durci ce volet :
- Les communes de plus de 3 500 habitants en zone tendue peuvent désormais instaurer un régime de déclaration préalable avec enregistrement obligatoire
- Le nombre maximal de jours de location pour les résidences principales reste fixé à 120 jours par an (article L. 324-1-1 du Code du tourisme), mais les communes peuvent abaisser ce plafond à 90 jours
- Les amendes pour défaut d’enregistrement ou dépassement du plafond de jours ont été portées à 15 000 € pour les personnes physiques et 50 000 € pour les personnes morales
J’insiste sur un point que beaucoup oublient : l’autorisation municipale et le règlement de copropriété sont deux filtres indépendants. Même si la mairie vous autorise le changement d’usage, la copropriété peut l’interdire, et inversement. Les deux conditions doivent être réunies pour louer légalement en meublé touristique.
Sanctions et contentieux : ce que risque le copropriétaire contrevenant

Passer outre une interdiction inscrite au règlement de copropriété n’est pas sans conséquence. Voici le détail des risques auxquels s’expose le copropriétaire qui continue de louer en Airbnb malgré une interdiction valide :
Sur le plan civil, le syndicat des copropriétaires (représenté par le syndic) ou tout copropriétaire individuellement peut saisir le tribunal judiciaire pour obtenir :
- La cessation de l’activité sous astreinte (souvent fixée entre 100 et 500 € par jour de violation constatée)
- Des dommages-intérêts pour le préjudice subi par la copropriété (troubles de jouissance, dégradation des parties communes, surcoût d’entretien)
- Le remboursement des frais de procédure au titre de l’article 700 du Code de procédure civile
Sur le plan administratif, la municipalité peut prononcer des amendes allant jusqu’à 50 000 € en cas de location sans enregistrement ou sans autorisation de changement d’usage, assorties d’une astreinte de 1 000 € par jour de mise en location illicite. La ville de Paris est particulièrement active sur ce terrain, avec des équipes dédiées au contrôle des annonces en ligne.
Sur le plan fiscal, les revenus de location meublée touristique non déclarés exposent à un redressement fiscal avec majoration de 40 % pour manquement délibéré, voire 80 % en cas de découverte d’une activité occulte. La conformité du bail et la déclaration des revenus sont donc des sujets à traiter simultanément.
La jurisprudence récente montre que les tribunaux n’hésitent plus à prononcer des condamnations significatives. Le tribunal judiciaire de Paris a ainsi condamné un propriétaire à 25 000 € de dommages-intérêts au profit du syndicat des copropriétaires en mars 2025, en plus de l’interdiction de poursuivre l’activité sous astreinte de 300 € par jour.
Conseils pratiques selon votre situation
Selon que vous souhaitez louer en Airbnb ou au contraire faire cesser cette activité dans votre immeuble, voici mes recommandations concrètes :
Vous êtes copropriétaire et souhaitez louer votre bien en meublé touristique
- Relisez votre règlement de copropriété en entier, en cherchant les termes « habitation exclusive », « habitation bourgeoise », « destination des lots » et « activité commerciale »
- Vérifiez si une résolution d’interdiction a été votée lors d’une AG récente (les procès-verbaux sont accessibles via le syndic)
- Consultez le service urbanisme de votre mairie pour savoir si un changement d’usage est nécessaire et, le cas échéant, si une compensation est exigée
- Déclarez votre meublé auprès de la commune et obtenez votre numéro d’enregistrement obligatoire
- Souscrivez une assurance couvrant spécifiquement l’activité de location saisonnière, car votre multirisque habitation classique ne couvre généralement pas cette activité
Vous êtes copropriétaire et souhaitez faire interdire Airbnb dans votre immeuble
- Constituez un dossier de nuisances : constats d’huissier, plaintes, témoignages écrits, photographies des dégradations, relevés de passages dans les parties communes
- Demandez l’inscription d’une résolution à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale par courrier recommandé au syndic
- Mobilisez les copropriétaires en amont du vote : la majorité de l’article 25 nécessite une participation active. Le recours aux procurations est essentiel
- Prévoyez le budget pour la publication de la modification au fichier immobilier, à inscrire au budget prévisionnel ou à voter en dépense exceptionnelle
- En cas d’urgence, saisissez le tribunal judiciaire en référé pour obtenir la cessation immédiate de l’activité si des troubles graves sont caractérisés
Pour les copropriétés qui envisagent des travaux de rénovation importants, la question Airbnb peut aussi se poser lors de l’élaboration du plan pluriannuel de travaux, car la présence de locations saisonnières peut compliquer la gestion du chantier et l’accès aux parties privatives.
Je rappelle aussi que les impayés de charges liés à des lots exploités en Airbnb posent des difficultés spécifiques : le propriétaire-bailleur touristique est parfois moins réactif qu’un résident permanent, et le recouvrement peut être plus complexe lorsque le propriétaire réside à l’étranger.
Enfin, n’oubliez pas que les revenus Airbnb ont un impact sur votre fiscalité globale. Selon votre patrimoine, ils peuvent vous faire franchir le seuil de l’IFI, et la plus-value à la revente d’un bien qui a été loué en meublé touristique obéit à des règles spécifiques, notamment en ce qui concerne les amortissements réintégrés sous le régime LMNP depuis la loi de finances 2025.
À retenir
- Vérifiez la clause de destination dans votre règlement de copropriété : une habitation bourgeoise exclusive interdit déjà Airbnb sans vote supplémentaire
- Depuis la loi Le Meur, un vote à la majorité de l’article 25 (ou article 24 via passerelle 25-1) suffit pour inscrire une interdiction au règlement de copropriété
- L’interdiction en copropriété et l’autorisation municipale de changement d’usage sont deux filtres indépendants ; il faut satisfaire les deux pour louer légalement
- Faites publier toute modification du règlement au service de la publicité foncière (budget : 1 500 à 3 500 €) pour la rendre opposable aux futurs acquéreurs
- En cas de violation avérée, le tribunal judiciaire prononce des astreintes de 100 à 500 € par jour et des dommages-intérêts significatifs au profit de la copropriété
Questions fréquentes
Une copropriété peut-elle interdire totalement Airbnb par un simple vote en AG ?
Oui, depuis la loi Le Meur du 19 novembre 2024. L’assemblée générale peut voter l’interdiction totale des meublés de tourisme à la majorité de l’article 25 (majorité des voix de tous les copropriétaires). Si ce seuil n’est pas atteint mais que le tiers des voix est réuni, un second vote à la majorité simple de l’article 24 peut être organisé immédiatement. La résolution doit être précise et l’interdiction publiée au fichier immobilier pour être opposable.
La clause d’habitation bourgeoise simple interdit-elle la location Airbnb ?
Pas automatiquement. La clause d’habitation bourgeoise simple tolère les professions libérales et, par extension, la location meublée occasionnelle. En revanche, une location saisonnière exercée de manière habituelle et répétée peut être requalifiée en activité commerciale par les tribunaux, ce qui la rendrait incompatible avec cette clause. L’appréciation se fait au cas par cas selon l’intensité de l’activité et la rédaction exacte du règlement.
Quelles sanctions encourt un copropriétaire qui loue en Airbnb malgré l’interdiction ?
Le syndicat des copropriétaires peut obtenir du tribunal judiciaire la cessation de l’activité sous astreinte (100 à 500 € par jour) et des dommages-intérêts. En parallèle, la municipalité peut infliger des amendes allant jusqu’à 50 000 € pour défaut d’enregistrement ou absence d’autorisation de changement d’usage, assorties d’une astreinte de 1 000 € par jour. Sur le plan fiscal, les revenus non déclarés exposent à un redressement majoré de 40 à 80 %.
Faut-il aussi une autorisation de la mairie en plus de l’accord de la copropriété ?
Oui, dans les communes de plus de 200 000 habitants et dans de nombreuses zones tendues, le Code de la construction et de l’habitation (article L. 631-7) impose une autorisation préalable de changement d’usage pour louer un logement en meublé touristique de manière habituelle. Cette autorisation municipale est indépendante du règlement de copropriété : les deux conditions doivent être remplies simultanément pour que la location soit licite.
Combien coûte la modification du règlement de copropriété pour interdire Airbnb ?
Le coût principal est celui de la publication de l’acte modificatif au service de la publicité foncière, qui nécessite l’intervention d’un notaire. Il faut compter entre 1 500 et 3 500 € selon la complexité du dossier. Ce montant est réparti entre tous les copropriétaires au prorata de leurs tantièmes de charges générales et peut être inscrit au budget prévisionnel ou voté comme dépense exceptionnelle en AG.
Le locataire d’un copropriétaire peut-il sous-louer en Airbnb ?
La sous-location est soumise à une double condition : l’accord écrit du propriétaire-bailleur (article 8 de la loi du 6 juillet 1989) et le respect du règlement de copropriété. Si le règlement interdit les meublés de tourisme, le locataire ne peut pas sous-louer sur Airbnb même avec l’accord de son propriétaire. Le bailleur engage sa responsabilité vis-à-vis de la copropriété s’il autorise une sous-location contraire au règlement.
Arthur Lemoine est chroniqueur indépendant du marché immobilier français. Il a couvert l immobilier résidentiel aux Échos pendant sept ans, puis la fiscalité et l investissement à Challenges pendant sept autres années, avant de fonder L Aurore Immo en 2026 pour publier en indépendant. Il décrypte quotidiennement le marché sans partenariat, sans commission d agence et sans affiliation cachée.